En pleine recomposition des échanges post-Brexit, Londres et Rabat accentuent leur rapprochement économique : + 23,3 % de commerce en un an, explosion des exportations britanniques et place croissante du Maroc dans les flux de services. Derrière ces chiffres officiels se dessine moins une simple reprise conjoncturelle qu’un rééquilibrage durable et une relation qui monte clairement en gamme.
En une seule année, les échanges entre Londres et Rabat ont accéléré à un rythme rarement observé : +23,3 % sur douze mois, une diversification des flux, une montée en gamme des services et un rôle croissant du Maroc dans les chaînes de valeur. Derrière ces chiffres britanniques officiels se dessine une relation économique plus stratégique, moins conjoncturelle et de plus en plus structurante pour les deux rives.
Les dernières statistiques publiées par le Département britannique du Commerce et des Affaires dressent le portrait d’un partenariat en nette consolidation. Sur les quatre trimestres achevés fin septembre 2025, le commerce total entre le Royaume-Uni et le Maroc a atteint 4,8 milliards de livres sterling, soit 916 millions de livres de plus qu’un an auparavant. Cette progression spectaculaire (+23,3 %) ne relève pas d’un simple effet prix : elle traduit un approfondissement réel des liens industriels, logistiques et de services.

Résultat : le déficit commercial britannique vis-à-vis du Maroc se réduit de moitié, passant de 911 millions à 423 millions de livres en un an. Ce rééquilibrage traduit une relation plus mature, moins asymétrique et davantage basée sur des échanges croisés.
Au-delà du commerce, le tableau d’ensemble est instructif. La part de marché britannique au Maroc atteint 2,9 % en 2024, en hausse continue, et même 4,5 % pour les services, un niveau stable et élevé. En clair, le Royaume-Uni gagne du terrain dans l’économie marocaine malgré une concurrence féroce de l’UE et de la Chine.
Les investissements, en revanche, restent modestes et opaques : le stock d’IDE britannique au Maroc n’est pas publié pour des raisons de confidentialité statistique, tandis que l’investissement marocain au Royaume-Uni ne dépasse pas 9 millions de livres. C’est clairement le maillon faible d’une relation par ailleurs dynamique.
Les données de chaînes de valeur (TiVA) montrent toutefois une interdépendance croissante : 0,6 % de la valeur ajoutée des exportations marocaines provient du Royaume-Uni, tandis que moins de 0,1 % de la valeur ajoutée britannique vient du Maroc, signe que le potentiel reste largement sous-exploité.
Sur le plan macroéconomique, le Maroc affiche des fondamentaux solides : croissance réelle autour de 4 %, PIB en forte hausse (196 milliards de dollars attendus en 2026), inflation maîtrisée et investissement total dépassant 30 % du PIB. Ces tendances rendent le marché marocain de plus en plus attractif pour les entreprises britanniques, notamment dans l’énergie, l’automobile, l’agro-industrie et les services numériques.

Enfin, près de 2.200 entreprises britanniques exportent déjà des biens vers le Maroc, contre environ 900 importateurs : un déséquilibre qui pourrait se résorber à mesure que les chaînes logistiques se densifient et que les accords commerciaux post-Brexit produisent leurs effets.
En somme, les chiffres officiels britanniques dessinent une relation qui bascule d’un simple partenariat commercial vers un véritable axe économique structurant. Reste à transformer cette dynamique commerciale en un saut qualitatif en matière d’investissements productifs, le prochain grand chantier du partenariat Londres-Rabat.
MSN
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