Le coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026 a été donné, hier 11 juin avec un duel Mewique – Afrique du Sud. Au-delà du score sur le terrain (2-0 pour le Mexique), c’est une tout autre partition qui s’est jouée sur les réseaux sociaux et dans les fanzones du continent africain. Lors du match d’ouverture opposant El Tri aux Bafana Bafana, un phénomène saisissant a sauté aux yeux : une immense majorité des supporters africains a ouvertement soutenu le Mexique. Derrière ce désamour apparent, se cache une fracture politique et sociale profonde liée au fléau de la xénophobie en Afrique du Sud.
Un match d’ouverture sous le signe de la discorde continentale
Historiquement, les compétitions internationales de football ont toujours été le théâtre d’une union sacrée derrière le concept de la « solidarité africaine ». Qu’il s’agisse du parcours du Maroc en 2022 ou du Ghana en 2010, le continent a l’habitude de vibrer d’une seule voix pour ses représentants.
Pourtant, ce jeudi lors de l’ouverture du Mondial 2026, la tradition a volé en éclats. Du Nigeria au Zimbabwe, en passant par la République Démocratique du Congo ou le Ghana, les internautes africains ont célébré les buts mexicains comme s’il s’agissait de leur propre équipe nationale. Une rupture de ban qui a enflammé les plateaux sportifs et les réseaux sociaux.

Le spectre de la xénophobie en Afrique du Sud au cœur du boycott
Pour comprendre cette colère continentale, il faut quitter les pelouses pour analyser les réalités sociopolitiques de la nation arc-en-ciel. Depuis plus d’une décennie, l’Afrique du Sud est régulièrement le théâtre de violentes vagues d’attaques xénophobes visant les migrants issus d’autres pays d’Afrique.
Plusieurs facteurs expliquent ce ressentiment qui s’est aujourd’hui déplacé sur le terrain du football. Pour certains analystes, les violences récurrents sont à l’origine de ce désamour. Les commerces et les habitations de ressortissants nigérians, zimbabwéens, mozambicains ou congolais ont, à maintes reprises, été pillés ou brûlés dans les townships, sous prétexte qu’ils « voleraient les emplois » locaux.
Le sentiment d’ingratitude est pointé du doigt par d’autres analystes. En effet,beaucoup de pays africains rappellent le rôle crucial qu’ils ont joué (accueil des exilés, soutien financier et diplomatique) dans la lutte contre l’Apartheid. Voir leurs ressortissants maltraités aujourd’hui en Afrique du Sud, est vécu comme une profonde trahison historique.
Mais la rhétorique politique est toute autre. Les discours de certains leaders politiques sud-africains, pointant du doigt l’immigration clandestine pour justifier la crise économique nationale, ont exacerbé les tensions à travers tout le continent.
« Pourquoi soutiendrions-nous un pays qui traque nos frères et sœurs au quotidien ? » s’interrogeait un internaute ivoirien dans une publication partagée des milliers de fois pendant le match.
Quand le football devient le tribunal de la diplomatie populaire
Le boycott des Bafana Bafana par le public africain démontre que le football moderne n’est plus imperméable aux réalités du monde. Pour de nombreux Africains de la diaspora et du continent, refuser son soutien à l’Afrique du Sud lors de ce match d’ouverture, était le seul moyen pacifique et mondialement visible d’envoyer un signal fort à Pretoria.

Si la défaite 2-0 face au Mexique complique déjà les affaires sportives de l’Afrique du Sud dans cette Coupe du Monde, la perte de son statut de « chouchou du continent » est sans doute le revers le plus difficile à encaisser pour l’image du pays.
La Coupe du Monde 2026 ne fait que commencer, mais elle a déjà rappelé une vérité essentielle : sur la scène internationale, la solidarité ne se décrète pas, elle se mérite au jour le jour, sur et en dehors du terrain.
MC
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