C’est l’histoire de Christian, cadre supérieur très sérieux dans une grande entreprise de la place. Christian est le genre d’homme qui porte des costumes sur mesure, ne dépasse jamais la limite de vitesse et utilise des expressions comme « Synergie opérationnelle » ou « À date ».
Un jeudi après-midi, le Grand Patron envoie un e-mail solennel à l’ensemble des 850 employés de la boîte pour annoncer une restructuration majeure et la mise en place d’un « plan d’austérité budgétaire strict ». En gros : ambiance tendue, finies les dépenses inutiles, on serre la ceinture.
Christian lit l’e-mail. Mais Christian a la tête ailleurs. Sa seule obsession du moment, c’est son plan pour le dîner du soir avec ses potes.
Il veut envoyer un SMS à sa femme pour lui demander de gérer le menu, mais distrait par un coup de fil sur son portable, il décide plutôt de lui écrire un mail rapide depuis son ordinateur. Il tape frénétiquement :

« Ma chérie, oublie leur plan d’austérité à deux balles, ce soir c’est la fête. S’il te plaît, passe au resto du coin et prends-nous quatre bons poulets bicyclette bien braisés, beaucoup de piment et un casier de bières bien fraîches. Ce soir, on se pète le bide, j’ai faim comme un loup ! Je t’aime mon cœur. »
Christian est fier de lui. Il clique sur envoyer.
Le bug de la matrice
Le problème ? Dans sa précipitation, Christian n’a pas ouvert un nouveau message. Il avait toujours le mail du Grand Patron ouvert en arrière-plan. Et au lieu de cliquer sur « Transférer », son doigt a glissé sur le bouton le plus dangereux de l’histoire de l’humanité : « Répondre à tous ».
Pendant deux minutes, rien ne se passe. Le silence avant la tempête.
Puis, le téléphone fixe de Christian se met à sonner. C’est sa collègue de bureau, en larmes… de rire. « Christian… regarde tes mails envoyés. Tout de suite. »
Christian regarde. Son sang ne fait qu’un tour. Il devient instantanément plus blanc que son propre traitement de texte. Son message d’amour, de poulet braisé et de bières fraîches vient d’être livré dans la boîte de réception des 850 employés. Y compris les stagiaires. Y compris la RH. Y compris… le Grand Patron.

La contre-attaque générale
Dans n’importe quelle entreprise normale, Christian aurait préparé son carton pour prendre la porte. Mais c’est là que la magie du web et de la solidarité entre collègues a opéré.
Un premier collègue de la comptabilité répond à tous :
« C’est d’accord Christian, mais j’amène les allocos ! »
Un autre du service marketing enchaîne :
« S’il reste une cuisse de poulet bicyclette, je valide la restructuration ! »
En moins de dix minutes, c’est l’anarchie la plus totale. Le serveur de l’entreprise menace de sauter sous le poids des mèmes de poulets braisés. Tout le monde y va de son commentaire. Christian, lui, est sous son bureau, en position fœtale, cherchant comment s’enfuir vers un pays sans connexion internet.
Le mot de la fin
À 17h, le signal sonore d’un nouveau mail retentit simultanément sur les 850 ordinateurs de l’immeuble. L’expéditeur ? Le Grand Patron en personne.
Le bureau devient tellement silencieux qu’on pourrait entendre une clé USB tomber. Christian ferme les yeux, prêt à recevoir la foudre.
Le mail du patron s’ouvre :

« À l’attention de Christian. Note bien que le budget de l’entreprise ne couvrira pas le casier de bières. En revanche, si ton piment est vraiment bon, je m’invite à table. La réunion de crise est annulée, place au poulet. »
Moralité de l’histoire : Avant de parler de vos envies de poulet braisé à votre moitié, vérifiez toujours trois fois la ligne « Destinataire ». Ou alors, assurez-vous que votre patron a une bonne descente !
Charli
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