Ce 6 octobre, le Conseil exécutif de l’Unesco tient un vote capital pour désigner son prochain directeur général, qui aura la charge de piloter pour les quatre prochaines années une organisation, accusée d’être politisée et secouée par l’annonce du départ des États-Unis.
Depuis le retrait de la Mexicaine Gabriela Ramos, deux candidats sont en lice pour succéder à la Française Audrey Azoulay : l’Égyptien Khaled el-Enany (54 ans), ancien ministre du Tourisme et des Antiquités de son pays (2016-2022) qui fait figure de grand favori, et le Congolais Firmin Edouard Matoko (69 ans), trente-cinq ans de carrière à l’Unesco et sous-directeur général chargé des relations extérieures sortant.
Le futur directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) doit être officiellement élu le 6 novembre lors d’une réunion de la Conférence générale à Samarcande. Mais le vote de ce 6 octobre à Paris, siège de l’organisation, qui verra le Conseil exécutif lui recommander un nom, fait figure d’élection avant l’heure : personne dans l’organisation ne se souvient avoir vu un candidat désigné être ensuite désavoué.

Ces derniers mois, les deux candidats ont parcouru le globe pour courtiser les 57 États appelés à voter (les États-Unis, dont le retrait sera effectif fin 2026, ont annoncé qu’ils ne participeraient pas). « Au moment où l’on traverse des périodes de turbulences très difficiles, de remises en question du multilatéralisme et de l’efficacité des organisations des Nations unies, nous avons besoin d’un leadership qui sait comment fonctionne cette maison, qui sait quels sont les obstacles à éviter, qui a la connaissance des choses qui peuvent se faire ou pas », fait valoir le candidat congolais.
Khaled el-Enany entend, lui, apporter un « regard nouveau » et le savoir-faire issu d’une carrière passée à collaborer avec l’Unesco « sur le terrain » – en tant que chercheur en égyptologie, directeur de musée, puis ministre – pour donner « plus de visibilité et plus d’impact » à l’organisation.
Financements privés
L’Unesco traverse une période de profonde remise en question ces derniers mois, où elle s’est vue notamment accusée d’être politisée et biaisée.

Après Israël en 2017, elle a enregistré cette année le départ du Nicaragua, annoncé en mai après l’attribution d’un prix à un journal d’opposition, et surtout des États-Unis, officialisé en juillet par l’administration Trump qui l’accuse de parti pris anti-israélien, de promouvoir « des causes sociales et culturelles clivantes » et de défendre « une feuille de route idéologique et mondialiste » en contradiction avec sa politique d’« America First ».
Ce départ ampute ses finances – Washington fournit 8 % de son budget total – mais aussi son prestige. « Il faut que tout le monde soit là, sinon ce n’est plus une organisation universelle », estime Firmin Edouard Matoko.
Les deux candidats ont promis de s’employer à faire revenir les États-Unis, ce qu’avait réussi à faire Audrey Azoulay en 2023, six ans après que Donald Trump eut décidé une première fois de retirer son pays.
Face à la perte du financement américain, mais aussi aux réticences croissantes des pays européens qui « priorisent leurs dépenses vers les armes et la défense », Khaled el-Enany entend développer l’assise financière de l’Unesco en attirant plus de contributions volontaires de gouvernements, à travers notamment le système d’« échange de dette » (debt swap), mais aussi en faisant appel aux ressources du secteur privé (fondations, mécènes, entreprises, etc.).

Ces dernières « représentaient 8 % (du budget) en 2024, il y a de la marge pour les augmenter », explique-t-il. « Je veux montrer que l’Unesco a un impact tangible sur la vie des gens », ajoute-t-il. « L’Unesco, ce n’est pas seulement le patrimoine culturel. C’est aussi l’éducation dans les zones d’urgence, la protection et la liberté des journalistes, la place des femmes dans les sciences… »
Si Khaled el-Enany pourrait devenir le premier Arabe à la tête de l’organisation, le vainqueur, quel qu’il soit, sera le deuxième issu du continent africain, après le Sénégalais Amadou Mbow (1974-1987).
(Avec AFP)
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