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Le gouvernement togolais, via le Ministère de l’Économie Numérique et de la Transformation Digitale (Mentd), a obtenu un financement de 72 millions de dollars de la Banque Mondiale pour le projet d’Identification unique, pour l’intégration régionale et l’inclusion (Wuri) en Afrique de l’Ouest au Togo, également connu sous le nom de e-ID Togo.

Aligné avec les objectifs de la Feuille de route gouvernementale 2020-2025 et arrimé à l’Axe 1 « Inclure tous les citoyens dans la société et l’économie » de la Stratégie Togo Digital 2025, le projet e-ID permet l’Identification nationale biométrique et l’attribution d’un numéro d’identification unique à toute personne vivant sur le territoire togolais. Ce qui facilitera l’accès aux services sociaux de base par un meilleur ciblage des bénéficiaires, entre autres.

Afin de détecter et anticiper les risques sociaux et environnementaux associés au projet, une évaluation sociale a été réalisée et validée par la Banque mondiale. Des mesures d’atténuation et de gestion desdits risques sont également indiquées.

Les résultats de l’Évaluation Sociale (Es), menée pour évaluer les risques et impacts sociaux négatifs potentiels, sont centrés essentiellement sur les groupes vulnérables et les Violences Basées sur le Genre (Vbg). Les résultats atteints ont permis de proposer des mesures d’atténuation dans la gestion des risques et impacts sociaux.

Les principaux risques sociaux identifiés

Les principaux risques sociaux identifiés sont liés aux pesanteurs socioculturelles qui donnent le pouvoir de décisions aux hommes sur les femmes dans les ménages ; (ii) à la réticence de certains groupes vulnérables par rapport à leur participation au processus d’enregistrement ; au taux élevé d’analphabétisme qui peut empêcher certaines catégories de groupes vulnérables d’accéder aux informations justes et fiables en temps réels ; à l’incapacité de certaines de ces entités sociales (personnes vulnérables) à pouvoir sensibiliser leurs enfants et entourages à l’opération d’enregistrement ; au manque de temps à consacrer à l’opération d’enregistrement dû aux activités champêtres, ménagères, économiques et socioculturelles de certains groupes vulnérables.

Selon le rapport, les risques sont liées à l’enclavement et à l’accès difficile de certaines zones de résidence d’une bonne frange de la population, surtout celle qui réside dans les zones rurales (ces catégories de personnes souffrent de la sous-information) ; à l’inaccessibilité de certaines zones de couverture du projet Wuri-Togo (bidonvilles, zones rurales reculées et enclavées) ; à l’assimilation de l’opération à la construction de la base des personnes qui peuvent faire objet de l’imposition fiscale, compte tenu de leurs activités menées dans l’informel ; aux difficultés liées au déplacement des personnes handicapées motrices ; à la honte des familles des personnes handicapées de laisser ces personnes s’introduire dans le public pour se faire enregistrer ; aux regards accusateurs ou moqueurs du public vis-à-vis des personnes handicapées, de même que l’accès facile aux sites des opérations d’enregistrement des personnes ; etc.

Contraintes et risques sociaux évoqués par les parties prenantes liées au projet

Plusieurs risques sociaux peuvent être liés à la mise en œuvre du projet, eu égard aux résultats relatifs aux différentes consultations des parties prenantes menées. Il s’agit notamment de :

– Empêchement des femmes par leurs époux à se faire enrôler ;

 – Non-implication des associations féminines ; des leaders communautaires, des leaders religieux, des associations de personnes âgées, des habitants et artistes des bidonvilles, des médias ;

 – Négligence de la sensibilisation rapprochée ;

– Utilisation exclusive des langues étrangères pour les campagnes de sensibilisation ;

– Non prise en compte des occupations et du calendrier spécifique des femmes lors de l’enregistrement ;

– Utilisation exclusive de l’enregistrement fixe ;

– Rigidité et contraintes liées aux procédures d’enregistrement (présentation de pièces justificatives) ;

– Absence des dispositions sécuritaires lors de l’enrôlement, surtout dans les zones septentrionales où se développe l’insécurité (djihadistes) ;

– Éloignement des points d’enrôlement des quartiers précaires ;

– Absence d’un plan de communication stratégique et spécifique aux zones, aux groupes ethniques (à l’endroit des groupes cibles vulnérables précisés dans les TdR) ;

– Non-implication des leaders et responsables politiques ;

– Non-implication des responsables des ressortissants des autres pays résidents au Togo ; – Etc.

Mesures d’atténuation ou de mitigation des risques sociaux

Des mesures d’atténuation ou de mitigations suivantes peuvent être prises contre les contraintes et risques sociaux identifiées :

 – Sensibiliser les hommes à autoriser leurs femmes à s’enregistrer ;

– Sensibiliser les patrons et patronnes des ateliers d’apprentissage des jeunes à les libérer pour leur permettre de prendre part à l’opération d’enregistrement ;

– Impliquer les associations féminines (Wildaf, GF2D, la direction générale du genre du ministère de l’action sociale, etc.), les groupes d’épargne et de tontines, les coopératives, groupements dans les activités de mobilisation sociale et d’information des communautés ;

Faire une sensibilisation de porte à porte, dans les églises, les mosquées, les centres de santé et dans les marchés ;

– Aller dans les couvents pour les sensibilisations et les opérations d’enregistrement ; – Utiliser les langues locales pour les campagnes de sensibilisation ;

Impliquer les leaders communautaires (chefs traditionnels, Ccd, Cdq, Cvd) et les leaders religieux (pasteurs, prêtres, imams, prêtres vodous…) ;

– Avoir recours aux médias pour les sensibilisations ;

– Inclure les enfants au projet et faire des liens avec leurs parents ;

– Adapter les périodes d’enregistrement aux calendriers des femmes et acteurs ruraux ;

– Il s’agit aussi de mettre en place des cellules d’enregistrement mobile ;

– Impliquer dans les sensibilisations les associations de personnes âgées, la direction des personnes âgées du ministère de l’action sociale, les services de prestations sociales aux personnes âgées (Caisse de retraite, la caisse nationale de sécurité sociale, l’institut d’assurance maladies, etc.) ;

– Impliquer dans la sensibilisation les leaders communautaires et religieux ;

– Assouplir les procédures d’enregistrement, en n’exigeant pas trop de pièces justificatives ;

– Associer certains habitants et artistes des bidonvilles à la sensibilisation sur l’importance de l’identification unique ;

– Mettre en place des dispositions sécuritaires lors de l’enrôlement ;

 – Rapprocher les points d’enrôlement des quartiers précaires ;

 – Avoir un plan de communication stratégique et spécifique à l’endroit des groupes cibles vulnérables précisés dans les TdR.

Koudjoukabalo (In LE MEDIUM n°605 du 13 au 20 Mai 2024)

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