Au moment où je préparais le bulletin diocésain du mois de février, j’ai eu la joie de participer à la « Journée de l’étudiant », organisée par le Grand Séminaire Saint Jean Paul II de Lomé, sur le thème : « Panafricanisme et christianisme ». La conférence présentée par le Professeur de philosophie Roger Foli-Koué, a été si pertinente que je lui ai demandé de me la résumer pour la partager avec vous. Je lui dis merci d’avoir accepté. Une des questions brulantes de notre continent porte actuellement sur le panafricanisme. Voici le dernier acte !
Panafricanisme et christianisme sont compatibles mais à quelles conditions ?
Au-delà des faits historiques condamnables, le panafricanisme et le christianisme peuvent aller ensemble, mais à condition que chacun renonce à quelque chose.
Pour le panafricanisme, il s’agit de renoncer à l’idée selon laquelle notre identité serait dans un passé à retrouver, ce qui présuppose une rupture catégorique avec l’autre, et ici avec le christianisme.

En réalité il s’agit de passer de la théorie fixiste (du type photographique donc immobile) à la théorie discursive de la culture, qui implique essentiellement une ouverture.
Pour le christianisme, il s’agit de renoncer à : La diabolisation de la culture africaine. Cela implique un changement de regard sur les cultures africaines, les rites et les symboles. La tentation de déclarer rapidement les rites africains incapables à dévoiler le Dieu de Jésus-Christ. Car, l’Évangile du Christ est irréductible à une culture et, parce qu’il est irréductible à toutes les cultures, il peut les pénétrer toutes de l’intérieur. La tentation catholique qui consiste à universaliser un particulier au lieu de faire de la foi chrétienne un universel qui s’exprime et se manifeste par différents particuliers.
En acceptant de faire ce travail, le christianisme retrouvera sa force pour être une Bonne Nouvelle pour toutes les cultures, et par conséquent, pour les cultures africaines aussi. Car, si le Christ n’a pas rejeté la culture juive, il n’y a pas de raison qu’il rejette les cultures africaines.
Ainsi, la voie d’une identité libérée n’est pas dans un repli sur soi mais elle est dans la capacité d’intégrer à nos cultures et à nos systèmes symboliques ce qui nous fait sens et nous permet d’exister comme être humain. Le panafricaniste Kwame N’Krumah le dit très bien dans son Livre « Le Consciencisme » quand il écrit :

« La philosophie qui doit soutenir la révolution sociale (en Afrique) est celle que je me suis proposé d’appeler consciencisme philosophique : le consciencisme est l’ensemble, en termes intellectuels, de l’organisation des forces qui permettront à la société africaine d’assimiler les éléments occidentaux, musulmans et euros-chrétiens présent en Afrique de les transformer de façon qu’ils s’insèrent dans la personnalité africaine ».
L’Évangile, une Parole de fécondité pour le panafricanisme
Loin d’être un obstacle ou un handicap pour le panafricanisme, l’Évangile est une Parole de fécondité.
En effet, ce qui rend fécond, vient toujours d’ailleurs. La Parole du Christ comme Bonne nouvelle de fécondité, vient aussi d’ailleurs. Ce fut le cas même pour la culture juive, la culture occidentale et c’est encore le cas pour l’Occident. Et cette Parole questionne toutes les cultures, les bouscule et les invite à un tri. Cette Parole a en même temps quelque chose de spécifique, c’est la capacité d’agir de l’intérieur des cultures en valorisant ce qui est un chemin de recherche de Dieu.

Évangéliser les cultures, une nécessité pour notre temps
L’évangélisation des cultures n’est pas valable uniquement pour les cultures africaines, mais elle concerne toutes les cultures car, l’Evangile, en tant que principe de vie, questionne toutes les cultures pour qu’elles soient au service de l’Homme et soient source de vie, et non de mort et d’aliénation (cf. La doctrine sociale de l’Église).
Les missionnaires de cette évangélisation ne sont plus ceux qui sont venus en bateau et de loin, mais ce sont des Africains eux-mêmes (hommes et femmes) assoiffés de vie et de vie en abondance.
(In CHRONIQUE DE LA SEMAINE n°711 du 29 Février 2024)
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