La campagne électorale pour les élections législatives et régionales a effectivement démarré le 13 avril 2024 sur toute l’étendue du territoire national. Que ce soient les candidats indépendants, ceux des partis politiques ou de regroupements de partis, tous ont pris d’assaut les différentes contrées afin de présenter leur projet de société aux populations et à leur électorat.
En attendant le 27 avril, la date butoir de la campagne ou encore le 29 avril jour de vote, les candidats et les candidates à ce double scrutin mettent les bouchées doubles à travers caravanes, meetings, portes à portes, messages médiatiques pour sensibiliser et convaincre les électeurs à porter leur choix sur leur personne.
Contrairement aux législatives de 2018 où une partie de l’opposition était abonné aux absents, les élections du 29 avril prochain s’annoncent très cruciales et déterminantes. Le parti au pouvoir Union pour la République (Unir), omniprésent sur toute l’étendue du territoire national, ratisse large tout en défendant son bilan dans le but d’obtenir la majorité des députés et des représentants régionaux, afin de continuer la gouvernance et le développement harmonieux du pays.

Pour l’opposition togolaise dans son ensemble, l’enjeu principal de ce double scrutin est de faire en sorte que ces élections soient un véritable référendum, qui sanctionne lourdement le parti au pouvoir pour avoir modifié la Constitution sans consulter le peuple. Il est permis de rêver certes, mais face à leurs sempiternelles erreurs politiques, l’opposition togolaise risque encore de se mordre les doigts au soir du 29 avril 2024.
« Lorsqu’on ne sait pas courir il faut au moins savoir se cacher », dit la sagesse africaine. Devant le maillage tactique et impressionnant du parti Unir, sur toute l’étendue du territoire par des équipes bien organisées de campagne et le positionnement stratégique des différents candidats grâce aux ressources humaines, financières et logistiques dont regorgent le parti et ses responsables, l’opposition togolaise qui en manque cruellement de son côté, devrait avoir des listes uniques dans chaque circonscription électorale pour espérer un rapport de force.
Mais hélas, à cause des querelles internes et de l’égoïsme de certains leaders, ces opposants évoluent en rang dispersés. Cet état de fait et bien d’autres situations déplorables constitueront selon certaines analyses politiques, des éventuels handicaps de l’opposition.
L’appel au boycott du scrutin par la Dmk
La première force politique de l’opposition reconnue comme telle, après la dernière élection présidentielle, est bel et bien la Dynamique Monseigneur Kpodzro (Dmk). Ce regroupement de partis politiques de l’opposition et de la société civile, crée par feu Mgr Kpodzro avec pour porte flambeau feu Messan Agbéyomé Kodzo à l’élection présidentielle du 22 février 2020, rassemble un nombre important de militants de l’opposition à travers tout le pays. Ce grand nombre de militants et sympathisants, qui devrait véritablement jouer son rôle pour la victoire de l’opposition dans son ensemble à ce double scrutin, s’abstiendra malheureusement de voter le lundi 29 avril prochain.
A en croire le message de campagne de sensibilisation portant boycott dudit scrutin, lancé à travers les médias nationaux et internationaux par Paul Missiagbeto, le nouveau Coordonnateur de la Dmk, les conditions de transparence de ces élections ne sont pas réunies pour que les partis politiques d’une opposition sérieuse puissent y prendre part. Par conséquent, dit-il, tous ceux qui y vont, sont des traîtres, des vendus et des alliés du pouvoir qui ne cherchent que des postes pour leurs intérêts personnels contraires à la volonté du peuple.

Cette posture de la Dmk frise un danger et pas des moindres, contre l’enjeu électoral de l’opposition à ce scrutin qu’on le veuille ou pas.
L’absence criarde des candidats de l’opposition à l’intérieur du pays.
Le constat est visible et choquant. A partir d’Atakpamé jusqu’à Cinkassé, le parti Unir est en territoire conquis. Et pour cause, les candidatures de l’opposition sont presqu’inexistantes sur cette grande étendue du Togo. Or, les quelques rares candidats indépendants qui accompagnent le parti Unir dans cette partie du pays, sont pour la plupart, proches du pouvoir.
Alors par quelle alchimie l’opposition togolaise, vent debout contre le pouvoir du président Faure Gnassingbé, compte-t-elle concrétiser sa sanction par ce double scrutin ? N’est-ce pas encore une illusion que cette opposition veut vendre pour une énième fois aux Togolais, surtout à ces militants ?
Si au niveau du septentrion l’opposition peut tenter de justifier son absence et son éventuel échec par le manque de moyens, dans la région maritime et le grand Lomé, elle ne pourra expliquer ou justifier l’émiettement des voix, si ce n’est par l’égoïsme et les coups bas.
L’émiettement des voix de l’opposition dans la Maritime et le Grand Lomé
Si le parti au pouvoir, Unir, fort de sa gigantesque mobilisation, poursuit en toute sérénité et assurance, la campagne, au niveau de l’opposition c’est la peur au ventre qu’on essaie de garder le cap.
En effet, contrairement au positionnement stratégique et tactique bien réfléchi des candidats du parti Unir sur le plan national, en général, et dans le Grand Lomé en particulier, l’opposition togolaise, plus divisée que jamais, s’inquiète déjà de son probable fiasco à cause du nombre pléthorique de ses candidatures dans le Golfe et Agoé-Nyivé, considérés comme son fief.
Malgré les appels incessants des militants et sympathisants à l’unicité des listes électorales de l’opposition, les leaders ont encore comme à l’accoutumée, fait la sourde oreille. Ceci à cause de leurs intérêts personnels en se présentant en rangs dispersés avec une pléthore de listes devant les candidats de taille de Unir.
«Je peux vous dire que l’une des raisons pour lesquelles les partis politiques de l’opposition n’aiment pas devoir présenter des listes uniques aux élections, c’est que l’arbitrage est difficile et douloureux, et ça crée beaucoup de frustrations», a exposé Mme Brigitte Adjamagbo, sur un média de la capitale.

Tout porte à croire que ‘Mémé Ouraga’’’ l’une des actrices principales de la division de l’opposition togolaise ces dernières années, est au-delà de tout, consciente que l’opposition est encore bien partie pour recevoir une bonne raclée électorale de la part du parti au pouvoir, malgré le sujet brûlant de l’heure sur le changement de la constitution.
« Je ne regrette pas parce qu’à la Dynamique de la Majorité du Peuple (Dmp), nous sommes convaincus, qu’il faut être ensemble. Dès que nous avons été créés, nous avons pris notre bâton de pèlerin et nous avons contacté toutes les forces politiques, qui se sont mises ensemble la dernière fois contre la tentative de modification, malheureusement on n’a pas obtenu les mêmes résultats. Au contraire, on a récolté des quolibets de certaines parties prenantes qui n’ont pas compris les enjeux et le sens de l’acte que nous avons posé, qui a été interprété comme un aveu de faiblesse.
Ah oui, parce qu’ils ne représentent rien, on veut nous voir. C’est une erreur grave en politique. Donc nous, on aurait voulu sincèrement qu’il y ait des listes uniques, non pas seulement pour les onze entités de la Dmp, mais pour toutes les forces politiques et c’est l’idéal. Ce qui aurait vraiment sauvé cette situation », se lamentait-elle au micro d’une radio de la place.
Le même constat amer a été dénoncé par le Prof Wolou Komi. Ce dernier a sans ambages dévoilé comment, à plusieurs reprises, son parti le Psr a été lésé par les grands décideurs de l’opposition depuis 2005. L’éparpillement des candidatures des membres influents du parti Comité d’Action pour le Renouveau (Car) dans le Vo et Yoto, jadis considérées comme la chasse gardée du parti du feu Agboyibo, ne fait que confirmer le manque du sérieux et de rigueur dans les ambitions politiques des partis de l’opposition.

En faisant mémoire des mensonges et des accusations grotesques montées de toutes pièces par les membres de la Dmk dont Mme Adjamagbo sur le président national de l’Anc, Jean-Pierre Fabre, on comprend aisément le profond malaise qui ronge l’opposition togolaise. Il va sans dire que le vrai problème de l’opposition togolaise n’est pas tant le manque de moyens financiers, mais plutôt ces erreurs politiques, ce qui fait la part belle pour le parti Unir. Au lieu de crier tout le temps à la fraude et au manque d’argent, l’opposition ferait mieux de se remettre en cause pour corriger ces sempiternelles erreurs politiques, en tout cas si elle veut vraiment participer à la gestion démocratique de notre pays.
En attendant les résultats de ces élections, bonne chance à tous les candidats, et que le meilleur gagne !
Daniel A. (In CHRONIQUE DE LA SEMAINE n0715 du 11 avril 2024)
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