Les militaires au pouvoir à Niamey sont intraitables. Malgré les menaces les menaces de la communauté internationale, notamment la CEDEAO, la France et les États-Unis, qui exigent un retour à l’ordre constitutionnel, le Général Tchiani et sa cohortes d’officiers ne semblent pas fléchir devant ces exigences extérieures. Alors que la main tendue d’une délégation conjointe Cedeao-UA-Etat-Unis a été rejetée par Niamey, les putschistes se réorganisent avec la nomination d’un Premier ministre et des échanges avec les forces vives du Niger.
Le peuple nigérien semble plus uni que jamais, au lendemain de l’expiration de l’ultimatum de la Cedeao qui menaçait d’intervenir militairement pour libérer le président « otage », Mohamed Bazoum, et rétablir l’ordre constitutionnel. Plusieurs leaders islamiques de premier plan, des gouverneurs, des associations de jeunes et la plupart des partis d’opposition ont fermement mis en garde contre une telle option, ces derniers jours.
Les militaires au pouvoir, en plus d’avoir le soutien de la majorité des Nigériens, obtiennent un renfort des pays voisins, notamment le Burkina Faso, le Mali et la Guinée, réalisant ainsi un front contre l’intervention d’une force conjointe de la Cedeao.

Bien qu’un sommet extraordinaire prévu jeudi prochain à Abuja pour étudier la situation à Niamey, l’organisation sous régionale a en face une junte galvanisée par le soutien du bloc Mali-Guinée-Burkina Faso sans oublier leurs ramification, notamment la Russe et certains pays occidentaux qui ont clairement opposé leur refus quant à l’ouverture d’un quelconque front sur le continent africain.
Dans ce contexte, en plus d’avoir fermé son espace aérien, le nouveau pouvoir de Niamey va plus loin pour rappeler ses ambassadeurs dans les pays favorables à un quelconque coup de force de la Cedeao. Niamey a également menacé de se retirer, tout comme le trio des pouvoirs militaires de la sous-région (Mali, Burkina Faso et la Guinée), de se retirer de l’organisation sous régionale pour former un bloc à part.
Et choses qui n’arrangent guère les leaders va-t-en-guerre de la Cedeao, par exemple, le Sénat nigérian et d’autres chancelleries préfèrent que l’on privilégie la voie diplomatique pour résoudre cette crise au Niger, qui a des allures d’une autre confrontation du bloc occidental contre celui de la Russie et de ses alliés.
Notons que ce signal des sénateurs nigérians est en tout cas important car, selon la Constitution de 1999, « la déclaration d’un état de guerre entre la Fédération du Nigeria et un autre pays (…) doit être sanctionnée par une résolution des deux chambres du Parlement réunies en séance conjointe – et sans approbation du Sénat, aucun membre des forces armées (…) ne peut être déployé pour combattre en dehors du Nigeria ».
Tout comme au Nigeria, l’opinion nationale sénégalaise est aussi contre une intervention militaire conjointe au Niger, soulignant que le Sénégal a d’autres problèmes sérieux à gérer au plan national, pour se lancer dans un conflit dont on ne connait pas les issues.
Le cas Gambie, un cas d’école
Pour des analystes, l’opération de la Cédéao en janvier 2017 qui avait permis de déloger Yahya Jammeh du pouvoir en Gambie, ne devrait pas trottiner dans l’esprit des adeptes de « l’usage de la force » car, soulignent-ils, « les choses ont changé et le contexte n’est pas le même ».

Même si le patron de la Cedeao veut afficher sa fermeté, il devrait jongler avec sa position de président du Nigeria, d’ailleurs fragilisé par une grave crise économique et sécuritaire. Car, une attaque d’une force conjointe au Niger, sera perçue comme une invasion de la Cedeao-OTAN-Etats-Unis contre le front Burkina-Mali-Gambie et Russie, sans oublier la Chine, le Brésil…
Le sommet extraordinaire de la Cedeao, jeudi prochain, est décisif pour une sortie de crise consensuelle et négociée dans cette crise au Niger. Le coup de force au Niger est consommé, et le nouveau pouvoir s’installe déjà avec la nomination d’un nouveau Premier ministre, et l’organisation de la vie nationale.
JPB
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