Le ministère des Finances annonce que le rejet de la loi de finances rectificative 2026 entraînera la suspension de plus de 1 115 milliards de FCFA, soulignant ainsi les enjeux critiques de la relation entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale. Le bras de fer entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale, autour des finances publiques, prend une nouvelle dimension. Après le rejet de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 et la demande de retrait du projet de loi de finances initiale (LFI) 2027, la présidence de la République sort de sa réserve. Par la voix de son ministre-conseiller et porte-parole, Me Abdoulaye Tine, le chef de l’État affiche sa détermination à préserver la continuité de l’État et prévient que le Gouvernement entend utiliser toutes les prérogatives que lui confèrent la Constitution et les lois.
Dans une prise de parole consacrée à cette crise institutionnelle, Me Abdoulaye Tine dénonce ce qu’il considère comme une stratégie d’obstruction parlementaire. Il pointe notamment la démarche du président de la commission des Finances et du Contrôle budgétaire, qui a demandé, le 3 novembre, le retrait du projet de budget 2027, avant de convoquer la même commission, le lendemain, pour examiner ce texte le 5 novembre. Le porte-parole de la Présidence soulève également une question de procédure, en invoquant le délai réglementaire de 48 heures prévu par l’article 46 de la loi organique portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale.
Sur le fond, le ministre-conseiller estime que le rejet de la LFR 2026 ne saurait juridiquement entraîner le retrait automatique de la LFI 2027. Il considère que les contestations relatives à la sincérité budgétaire doivent être débattues dans l’hémicycle, à travers les mécanismes parlementaires prévus à cet effet. Une lecture contestée par le président de la commission des Finances, Alphonse Mané Sambou, qui défend sa demande de retrait au nom de la cohérence des hypothèses économiques ayant servi à élaborer le budget 2027.

L’enjeu est également financier et social. Selon Me Abdoulaye Tine, le rejet de la LFR 2026 entraîne la suspension de 1 115,7 milliards de FCFA de crédits de paiement. Il cite notamment les infrastructures routières, le drainage des eaux pluviales à Touba, la reconstruction de l’hôpital Aristide Le Dantec, la réhabilitation de l’hôpital de Thiès, les Bourses de sécurité familiale et l’électrification de 700 localités. Il alerte aussi sur les conséquences possibles pour les engagements financiers de l’État, notamment dans le cadre des discussions avec le Fonds monétaire international.
Face à cette situation, le porte-parole de laPrésidence évoque plusieurs mécanismes juridiques à la disposition de l’Exécutif. Il cite notamment les décrets d’avance, prévus par l’article 23 de la loi organique relative aux lois de finances, ainsi que la possibilité de solliciter une seconde lecture. Il insiste toutefois sur la volonté du chef de l’État de privilégier le dialogue institutionnel.
Mais le message adressé aux parlementaires est sans ambiguïté. « Si la commission persiste dans l’obstruction, le Gouvernement démontrera qu’il ne se laisse pas faire », prévient-il. Me Abdoulaye Tine assure que Bassirou Diomaye Faye ira « aussi loin que la Constitution et les lois le permettent » pour garantir la continuité budgétaire et le fonctionnement régulier des institutions.

Tout en écartant l’hypothèse d’un recours à des pouvoirs exceptionnels, le porte-parole affirme que le président de la République dispose d’une série de prérogatives constitutionnelles et légales qu’il pourrait mobiliser si la situation l’exige. Une déclaration qui confirme que le différend budgétaire entre les deux institutions dépasse désormais le seul cadre technique et s’inscrit dans un rapport de force institutionnel dont les prochaines étapes seront déterminantes.
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