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Était-il un guide spirituel? Un réformateur de la religion juive ? Un guérisseur ? S’appuyant sur les textes sacrés et sur les dernières découvertes archéologiques, l’historien Jean-Christian Petitfils est parti à la recherche du Jésus historique.

Parmi les autres sources, faut-il citer les Evangiles apocryphes (c’est-à-dire secrets, cachés) ? À la vérité, ce sont des textes très tardifs, postérieurs d’un, deux ou trois siècles aux Evangiles canoniques, les seuls à être retenus par l’Eglise.

Certains relatent des faits manifestement légendaires, des miracles gratuits et superflus (l’Evangile arabe de l’enfance raconte, par exemple, l’histoire de l’enfant Jésus façonnant dans l’argile un moineau et le faisant s’envoler aussitôt !).

D’autres sont imprégnés d’une doctrine ésotérique, la Gnose, très éloignée du message chrétien, par exemple par sa condamnation de la femme (« Les femmes ne sont pas dignes de la vie », dit l’Evangile de Thomas) …

L’Evangile de Judas, dont la presse mondiale a fait grand cas lors de sa publication en 2006, appartient au même courant et émane probablement des Caïnites, une secte qui, au premier siècle de notre ère, rendait un culte à Caïn. Cet « Evangile » a été écrit au plus tôt 150 ans après la mort de Jésus. On y fait l’éloge de Judas, qui a sacrifié « l’enveloppe charnelle » de son maître en l’offrant au dieu Saklas (sic).

Ce salmigondis mystique ne peut nous être d’aucune utilité pour mieux connaître la vie de Jésus. Bref, les apocryphes ne bouleversent en rien les données historiques que l’on peut tirer des Evangiles canoniques, qui, eux, remontent aux années 60 (avant la destruction de Jérusalem en 70 par les Romains et la déportation de ses habitants), à une époque où existaient encore beaucoup de témoins oculaires.

De tous les témoins, Jean paraît être le plus fiable

Au nombre de quatre – Matthieu, Marc, Luc et Jean –, les Evangiles canoniques constituent donc notre source principale. Cependant, ces catéchèses biographiques, que l’Eglise considère comme des textes inspirés, ne sont pas des livres d’histoire et moins encore des reportages pris sur le vif. Ils ont pour but d’annoncer la foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour le pardon des péchés et le salut du monde. L’historien est en droit, tout en respectant leur portée spirituelle, de les traiter comme des documents historiques.

De ce point de vue, il est important de s’interroger sur leur genèse et leur fiabilité. L’importance de la tradition orale à l’époque, renforcée par l’efficacité des techniques de mémorisation rabbinique pratiquées par les Juifs pieux, plaide en faveur de leur exactitude. D’autant que les premiers apôtres contrôlaient rigoureusement la transmission des paroles de Jésus. On peut donc considérer qu’ils rapportent globalement des faits et des discours fiables, même s’ils présentent çà et là quelques contradictions.

À en croire saint Irénée (IIe siècle), une première version de l’Evangile de Matthieu aurait été écrite en « langue hébraïque » par Lévi, dit Matthieu, l’un des douze apôtres. Elle aurait été complétée pour les besoins catéchétiques (notamment en vue de la conversion des païens) par d’autres auteurs, donnant naissance au final à nos trois Evangiles dits « synoptiques » (c’est-à-dire qu’on peut les lire en parallèle, puisqu’ils reprennent en partie les mêmes épisodes), de Matthieu, Marc et Luc. Ces deux derniers auteurs n’ont pas assisté aux événements de la vie de Jésus qu’ils racontent.

En revanche, le quatrième Evangile est l’œuvre d’un témoin oculaire direct et exceptionnel. En effet, avec André, son frère Simon-Pierre, Philippe et Nathanaël, Jean l’évangéliste a fait partie des cinq premiers disciples de Jésus au début de son ministère public, avant la constitution du groupe des Douze. On sait que ce Jean est mort à Ephèse en l’an 101 de notre ère. Selon Polycrate, évêque de cette ville d’Asie Mineure au IIe siècle, il était un prêtre de Jérusalem, membre du haut sacerdoce, ce qui explique que son Evangile soit largement centré sur Jérusalem et son Temple.

Bien des confusions s’attachent à Jean l’évangéliste. On le confond trop souvent, et à tort, avec l’apôtre Jean, fils de Zébédée, pêcheur du lac de Tibériade, mort martyr très tôt. Un père de l’Eglise, Papias, vivant au milieu du IIe siècle, nous aide à voir clair : il atteste l’existence de deux Jean, d’une part le pêcheur, membre des Douze, et d’autre part le presbytre (« prêtre ») Jean, que ses fidèles ont appelé le « disciple bien-aimé ».

L’Evangile de Jean est à la fois le plus mystique et le plus historique. Selon lui, la chronologie du ministère public de Jésus s’étend sur trois ans, du printemps de l’an 30 à celui de l’an 33, et non sur un an, comme l’ont ramassée de manière schématique et didactique les synoptiques. C’est la chronologie de Jean, très certainement, qui est la plus fiable.

Compte tenu de ces données, que sait-on de la vie de Jésus ? Il est naturellement impossible à l’historien de se prononcer sur sa naissance virginale. Cette affirmation de la foi découle des Evangiles. Elle est réaffirmée par le Symbole des apôtres, cette prière que la tradition leur attribue : « Et Jésus-Christ […] est né de la Vierge Marie. » Pourtant, elle a embarrassé les premiers disciples, tant elle pouvait laisser croire à une naissance illégitime de leur maître. Elle était, à leurs yeux, plus gênante que valorisante.

Durant sa vie d’ailleurs, les adversaires de Jésus ne se privèrent pas de l’accuser ouvertement d’être « né de la fornication ». Le philosophe Celse, reprenant une interprétation polémique circulant parmi la diaspora juive, fit de Marie une femme adultère. Le vrai père de Jésus était, selon lui, un soldat romain nommé Panthera (patronyme probablement dérivé du grec « parthenos« , la jeune fille, la vierge).

La virginité de sa mère, Marie, mise en doute

On a longtemps pensé que, dans la tradition juive, la virginité était perçue de manière totalement négative (« Croissez et multipliez… », dit la Bible hébraïque) jusqu’à la découverte en 1967 par l’archéologue Yigaël Yadin d’un texte provenant des manuscrits de la mer Morte, le « rouleau du Temple ». Il parle de vierges consacrées et même de vœux de virginité perpétuelle respectés à l’intérieur du mariage.

Autrement dit, une jeune fille pouvait prendre un époux et décider (si son mari ne s’y opposait pas) de demeurer vierge. Est-ce la situation à laquelle fut confronté Joseph, l’époux de Marie ? Le nom de Jésus (« Ieschoua ») donné à l’enfant était, lui, extrêmement répandu à l’époque. C’est une contraction du nom biblique « Yehôshoua’ », Josué, le successeur de Moïse, qui signifie « Dieu sauve ». Quand naquit-il ?

En tout cas pas le 25 décembre de l’an 1. Ce n’est qu’au IVe siècle que cette date de la Nativité, fictive, fut fixée par le pape Libère, afin de christianiser la fête païenne du solstice d’hiver… On ne peut connaître le jour de naissance exact de Jésus, mais on peut émettre des hypothèses sur l’année de sa venue au monde. Elle se situerait sept ans avant notre ère.

Cette année-là, en effet, une conjonction très rare des planètes Jupiter et Saturne s’est produite à trois reprises dans la constellation des Poissons, sous l’apparence d’une étoile éblouissante inconnue– on le sait par le calcul astronomique moderne, mais aussi par des tablettes cunéiformes découvertes à Sippar en Mésopotamie. Or, fait troublant, l’évangéliste Matthieu parle d’une étoile qui apparaît, disparaît puis réapparaît. C’est elle qui guide les mages venus d’Orient.

On connaît un peu la communauté à laquelle appartenait ce nouveau-né. Il était issu d’un petit clan de Juifs pieux arrivés de Mésopotamie au IIe siècle avant notre ère, qui prétendaient descendre du roi David, les Nazôréens ou Nazaréniens.

Ces gens attendaient la naissance en leur sein d’un messie, se croyant désignés par la prophétie d’Isaïe : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé (ndlr : le père du roi David). » C’est dans cet espoir qu’ils avaient appelé en Basse Galilée leur village « Nazara » ou Nazareth (de « netzer », le « surgeon », c’est-à-dire le rejeton). Marie faisait vraisemblablement, elle aussi, partie de ce groupe, les mariages étant organisés par les familles à l’intérieur de chaque clan. Où Jésus vient-il au monde ? Il n’y a pas de raison de douter que ce soit à Bethléem, la ville de David, comme le disent les Evangiles de Matthieu et Luc, les seuls qui évoquent son enfance. Saint Luc précise même que Marie, enceinte, rejoint cette ville à l’occasion du recensement effectué par le gouverneur de Syrie, Quirinius. Joseph doit en effet s’y faire recenser.

Des historiens objectent que le seul recensement connu dans la région a été effectué en l’an 6 de notre ère, mais, comme certains textes antiques semblent le suggérer, d’autres recensements ont pu y être menés durant les années précédentes.

Un autre point des Evangiles reste, lui, en suspens : le massacre des enfants innocents de Bethléem, ordonné par Hérode et relaté par Matthieu, n’est pas historiquement établi. Mais il n’a rien d’impossible si l’on sait que Hérode le Grand était un tyran paranoïaque et sanguinaire.

Les Evangiles synoptiques nous parlent des « frères » et « sœurs » de Jésus. Il faut se garder de prendre ces termes au pied de la lettre. Comme dans les villages africains d’aujourd’hui, tous se disent frères et sœurs en Basse Galilée. En hébreu ancien et en araméen, on se sert du même mot pour désigner un frère de sang, un demi-frère, un neveu ou un cousin (« ‘ah » ou « hâ »).

Les Evangiles citent quatre de ces « frères » de Jésus : Jacques, Joseph, Syméon et Jude. Jacques, par exemple, est le fils d’une certaine Marie, femme de Clopas. Ce dernier, selon saint Hégé sippe, un écrivain chrétien du IIe siècle, est le frère de Joseph, époux de Marie. Jacques est donc le cousin germain de Jésus.

Il deviendra le premier évêque de Jérusalem et mourra lapidé en 62 de notre ère. Syméon, qui est peut-être fils de la même Marie, va disparaître, quant à lui, sous le règne de Trajan (98- 117). De Joseph, le père putatif de Jésus, on sait peu de chose, sinon qu’il est un « tektôn », un artisan-ouvrier du bois, ce qui en fait plus qu’un charpentier prolétaire, comme on le qualifie souvent. Jésus a appris le métier avec lui, et tous deux, probablement, ont travaillé au grand chantier de la région, la reconstruction de la ville de Séphoris détruite par les Romains.

A suivre…

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