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Au moment où je préparais le bulletin diocésain du mois de février, j’ai eu la joie de participer à la « Journée de l’étudiant », organisée par le Grand Séminaire Saint Jean Paul II de Lomé, sur le thème : « Panafricanisme et christianisme ». La conférence présentée par le Professeur de philosophie Roger Foli-Koué, a été si pertinente que je lui ai demandé de me la résumer pour la partager avec vous. Je lui dis merci d’avoir accepté. Une des questions brulantes de notre continent porte actuellement sur le panafricanisme.  

Voici l’acte 2. Bonne lecture

Le panafricanisme, un rejet de l’autre et un refus du christianisme ?

Le panafricanisme, qui est sans aucun doute un mouvement de revendication d’indépendance et de souveraineté, est incontestablement un mouvement de libération. Mais est-ce que la libération passe par le rejet de l’autre et du christianisme comme l’affirment certains panafricanistes ?

Personne ne peut plus nier des faits négatifs de la colonisation et, par ricochet, du christianisme en Afrique. Certains missionnaires ont failli, ils ont mal saisi le sens de nos rites et surtout de nos systèmes symboliques. Il y a eu une forme d’évangélisation problématique rendant la foi chrétienne comme imposition au lieu de la proposer dans la reconnaissance de l’autre et des cultures. Mais ne serait-il pas injuste de réduire toute l’œuvre des missionnaires à ces faits négatifs ?

L’apport du christianisme à la lutte de libération des Africains

Rétrospectivement, ne serait-il pas exact de voir que dans le désir de l’émancipation et du développement du continent africain, les missionnaires ont beaucoup contribué au processus de libération par la transmission du savoir, du savoir-faire pour un savoir-devenir libérateur des Africains en quête légitime de reconnaissance ?

Qui peut nier le travail des missionnaires sur le plan éducatif par la création de nombreuses écoles et instituions de formation ? Qui peut nier dans notre pays l’impact des collèges St Joseph et Notre Dame des Apôtres, l’apport des missionnaires dans nos villes et villages par les églises et les écoles ?

Sur le plan sanitaire, qui peut rejeter les multiples centres de soins créés ? Sur le plan social, qui peut dire que les missionnaires n’ont rien fait dans le domaine de l’assistance aux populations, l’étude de nos langues et leur transcription ? Qui peut également affirmer qu’ils n’ont rien fait sur le plan humanitaire ? Qui peut remettre en question le sacrifice de ces hommes et femmes venus d’ailleurs qui se sont donnés sans réserve ?

Que serait, par exemple, Lambaréné au Gabon sans le docteur alsacien Albert Schweitzer ? Doit-on mettre enfin sous le boisseau tous les échanges fructueux qu’il y a eu entre les missionnaires et les Africains ?

Dans son livre « Traces vives. Du pas- sage au pays de l’autre », Jean Paul Eschlimann, missionnaire de la Société des Missions Africaines (Sma) a reconnu que c’est l’Afrique qui a fait de lui ce qu’il est. Car, c’est la culture Agni-Bona, en Côte d’Ivoire, qui l’a profondément humanisé. C’est non seulement un beau témoignage, mais c’est aussi une forme de reconnaissance de la capacité des cultures africaines dans le processus de l’humanisation. L’Afrique ne fait pas que recevoir, elle offre aussi en puisant dans ses valeurs et dans ses sources.

Le christianisme et la question du recours aux sources du panafricanisme

Sur notre continent, la question du recours aux sources fait parfois croire que nous devons retourner au passé pour reprendre ce que nos ancêtres ont laissé. Cette question fait penser à la politique de l’authenticité des années 1970.

Et dans une Lettre pastorale très importante du 20 septembre 1974, en plein cœur de la problématique de l’authenticité, la Conférence des Évêques du Togo (Cet) a délivré un message qui reste encore valable pour notre temps :

« C’est un fait incontestable que la colonisation subie par nos pays africains avait jeté un certain discrédit sur nos valeurs traditionnelles considérées comme non-valeurs.

Ainsi du temps de la colonisation, ne paraissaient civilisés que ceux qui semblaient les plus éloignés des coutumes africaines et avaient adopté les mœurs du colonisateur, bref ceux qui étaient le moins eux-mêmes. Nos pays étant devenus indépendants, il est normal que nous aspirions à redevenir nous-mêmes.

Cette profonde aspiration est légitime et rencontre les encouragements de l’Église, pourvu qu’elle ne se traduise pas par le mépris des autres. Il faut reconnaître que la recherche de l’authenticité, la volonté d’un peuple à être lui-même, à refuser d’être uniquement un être ou un personnage d’emprunt est quelque chose de sain.

A ce niveau, nous rejoignons en profondeur les préoccupations et l’effort de l’Afrique pour se remettre debout dans sa véritable identité. (Mais), dans cette recherche de nous-mêmes qui est bonne, il peut se glisser un danger : celui de croire que tout ce qui est étranger est mauvais et que tout ce qui est du pays est bon. Il nous faudrait donc un certain sens critique… pour discerner, tant dans ce qui vient de l’extérieur, que dans ce qui nous a été légué par nos aïeux, les vraies valeurs à sauvegarder et à promouvoir. Ces valeurs sont en vérité le bien de l’humanité ».

Cela signifie que dans le noble idéal d’être nous-mêmes, le sens critique est une arme indispensable pour évaluer et savoir apprécier pour ne pas tomber dans le repli sur soi, le rejet de l’autre et du christianisme comme une simple attitude de principe.

L’apport des théologiens africains dans la réalisation des objectifs du panafricanisme

Le panafricanisme peut trouver des appuis solides dans l’Évangile, qui est la Parole libératrice. Et à ce titre, c’est une Parole d’amour « Dieu aime tous les hommes et toutes les femmes de la terre » (cf. Jn 3, 16, Rm 5, 8), une Parole de liberté et de vérité (cf. la vérité rend libre de Jn 8, 31-42), et une Parole de Justice, qui peut contribuer au projet de libération des Africains.

Et c’est là, le sens du travail des théologiens comme Paulin Poucouta, Jean-Marc Ela, François Kabaselé, Efoé Julien Pénoukou, Cécé Kolié, Lambert Ntumba, Benezet Bujo, Léonard Katchekpelé Ka Mana, et tant d’autres encore.

A suivre…

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