« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Luc 24, 32-34
Lorsque le soleil s’est levé sur nous ce dimanche matin du 04 Août 2024, on était loin de savoir que quelque chose de si grave allait nous arriver. L’on ne pouvait s’imaginer que nous allions devenir orphelin dans cette Eglise famille de Dieu à Lomé. L’on ne pouvait jamais imaginer qu’un fil allait se couper définitivement et que notre fierté allait s’éteindre.
Et pourtant, ce dimanche matin pour annoncer ce grand mais triste événement, tout était calme dans le ciel de Lomé, notre ville archiépiscopale. L’ambiance était morose comme si nous étions en période d’harmattan. Une certaine lourdeur pesait sur la ville, un calme se faisait sentir même sur nos différentes paroisses.
Et pourtant, la veille, il y’avait eu une messe d’ordination sacerdotale d’une quinzaine de religieux sans l’ordinaire des lieux, notre père Archevêque qui crevait silencieusement sous le poids de cette fichue maladie qui finira par l’emporter.
Et soudain, vers 13heures, les premières terribles informations commencèrent par circuler. De partout, on se précipita pour les vérifier avec l’espoir qu’elle sera démentie.

Quelques instants après, comme en avril 2014 avec Mgr Robert-Casimir Dosseh-Anyron depuis la France et en Janvier 2024 depuis Atakpamé pour Mgr Philippe Kpodzro, courageusement, Mgr Benoît Comlan Alowonou, Président en exercice de la CET vint annoncer avec foi et espérance en la résurrection malgré le désarroi et l’angoisse, la terrible nouvelle que nous craignions : « La Conférence des Evêques du Togo vient vous annoncer la nouvelle humainement triste et surprenante du rappel à Dieu de son serviteur, S.E. Mgr Yves-Nicodème Anani Barrigah-Benissan, Archevêque Métropolitain de Lomé, ce dimanche 04 août 2024 à l’hôpital Dogta-Lafiè à Lomé », écrit Mgr Alowonou, très bouleversé et inconsolable. Un véritable coup de tonnerre dans un ciel serein.
Des gémissements, des pleurs, des lamentations et des questionnements sans réponse foisonnent de partout. Pourquoi lui ? Qu’est-il arrivé à notre bien aimé Père Archevêque ? était-il malade ? De quoi souffrait-il ? Des questions sans réponses.
Au fond de nos larmes, une principale question revenait sur toutes les lèvres : Père bien aimé, comment pouvais-tu ainsi nous laisser, nous abandonner, nous quitter définitivement sans un seul mot ? Sans un seul geste d’au revoir ? Nous blâmions le ciel en nous apitoyant sur notre triste sort. Et puis subitement, nous vint à l’esprit l’évangile de saint Luc 24, 18-35 qui rapportait l’apparition de Jésus ressuscité aux deux disciples d’Emmaüs. Oui, deux mois plus tard après ton départ de ce monde, nous commençons par comprendre. Mgr Nicodème nous avait pourtant avertis qu’il partait.
Ah, bien aimé Père, tu nous avais averti que tu partais mais incrédules nos cœurs sont restés fermes au message de ton Souverain Maître comme nos pères au temps du désert.
Oui, les Adieux, il y en a eu de vous à nous sans que nous ne nous rendions compte !

En effet, à la rentrée pastorale 2023-2024, le thème pastoral communiqué était pour la période 2023 à 2025. Oui, un thème pour deux années pastorales et cela n’a surpris personne. Notre Père Archevêque bien aimé, à l’écoute de son Souverain Maitre et poussé par l’esprit à son propre insu nous disait qu’il était en train de partir et l’esprit préparait ainsi le vide. Intimement uni à son créateur qui nous savait bientôt orphelins et lui comme un vrai chef de troupe, un véritable chef de famille, nous laissait de quoi nous entretenir et vivre. Mais, nous autres n’avions rien compris car « Comme nos pères au désert, nos cœurs étaient fermés », Psaume 94.
Le 27 Mars 2024, c’était la messe chrismale dans notre archidiocèse. Nombreux nous étions venus vivre cette eucharistie et voir le clergé renouveler ses promesses. Curieusement, bien aimé Père, tu as fait présider cette historique messe par Mgr Moise Touho, l’évêque du diocèse d’Atakpamé en ta présence et en compagnie de Mgr Denis.
A l’époque, nous parlions d’amabilité et de signe d’encouragement à l’endroit de ton jeune confrère dans l’épiscopat. Poussé par l’esprit et à son insu, Mgr posait des actes qui aujourd’hui peuvent être interprétés comme des signes précurseurs de la prochaine vacance du siège archi épiscopal de Lomé. Et comme les disciples d’Emmaüs, nos yeux et nos cœurs étaient fermés à tout.
Durant tout le triduum pascal, les célébrations eucharistiques étaient présidées par le Vicaire Général, l’administrateur de la cathédrale. Mais, Mgr pourquoi nos cœurs, nos yeux et nos oreilles étaient si fermés ? Nous n’avions même pas constaté ton absence et nous n’avions pas remarqué que notre bien aimé Père Archevêque était là sans être là.
Et vinrent les festivités marquant les dix ans de décès de Mgr Dosseh.
Lorsqu’en Avril 2024, notre Père Archevêque n’a pas pu présider les différents évènements marquant les dix ans de départ pour les noces éternelles de celui qu’il aimait appeler :« notre très bien aimé Père Archevêque Mgr Robert Casimir Dosseh-Anyron », nous ne nous sommes posés aucune question. Et pourtant, la phase introductive de la préface du recueil de souvenir des dix ans de décès de Mgr DOSSEH était plus qu’une exhortation à l’endroit du peuple « Souvenez-vous de ceux qui vous ont dirigés, ils vous ont annoncé la parole de Dieu. Méditez sur l’aboutissement de la vie qu’ils ont mené et imitez leur foi » Hébreux 13,7.

La citation de ce passage de la lettre aux hébreux n’est pas fortuite. On le dirait même prémonitoire. L’esprit nous parlait certainement à ton insu et nous autres comme de mauvais veilleurs continuons de somnoler ou de dormir. Oh Père bien aimé, bientôt notre devoir de prier pour toi, de prier pour ton repos en Dieu va commencer. Mais le sachions-nous à l’époque ?
Et puis vint la fête de la pentecôte ;
Père, à la messe habituelle de 06h à la cathédrale à l’occasion de cette solennité, tu n’y étais pas. Ce jour-là, ce dimanche de la Pentecôte date dite de naissance de la Sainte Eglise Catholique romaine coïncidait avec ton anniversaire de naissance. Et fort curieusement, c’est à la messe de 11h généralement réservée aux enfants que tu es venu prier avec nous.
Oui, Père, tu étais là pour parler une dernière fois à tes enfants en Eglise. Aujourd’hui, on dirait que c’était l’image d’un papa donnant des instructions à ses enfants à la veille d’un voyage important et qui allait durer. Une fois encore, nos cœurs endurcis étaient fermés
Puis, vint ce voyage sur les Etats Unis dans les conditions que nul ne peut décrire ici.
Oui, Père, là encore nos yeux, nos cœurs et nos oreilles étaient fermés à tout.
Vos différents messages à diverses occasions étaient pour nous des sources d’espérance, de proximité ; de présence et de réconfort. On se rappelle particulièrement la joie qui nous avait animé lorsqu’à la mort du TRP Pierre Dovi N’Danu, nous avons découvert l’annonce du décès signée de tes mains. Nous nous sommes sentis réconfortés et nourris de l’espoir de te revoir sous peu.
Oh bien aimé Père, comment pouvions nous comprendre que bientôt il ne restera que ces messages en souvenir du temps passé ensemble et de ce que nous avons ensemble entrepris.
On dirait que sans le savoir, Oh bien aimé Père, tu nous faisais tes adieux, On dirait que sans le savoir, tu nous as prévenu du vide et du silence qui depuis deux mois se sont imposés à nous. Mais, nous autres, comme les disciples d’Emmaüs ne comprenions rien.
Les adieux, tu nous en avais fait. Seulement, nous n’avons pas su comprendre
On se rappelle la dernière session de la Conférence des Evêques du Togo. Oh bien aimé Père, alors que tu étais durement éprouvé par la maladie, tu as tenu à y être, certainement poussé par l’esprit pour dire adieu à tes bienaimés frères dans l’épiscopat.

Déjà en octobre 2023, alors beaucoup dans ton entourage immédiat doutaient de ta capacité à voyager, Oh bien aimé, tu t’es rendu à Rome pour la visite ad limina. Certainement sans le savoir et surtout poussé l’esprit, tu es y allé dire au revoir à beaucoup de personnes. Retourner à Rome, la ville éternelle, la Roma Amor pour dire au revoir était vraiment important. Et tu l’as fait sans s’en rendre compte.
Comme dirait l’autre, il y eut un matin, il y eut un soir et cela fait déjà deux mois.
Déjà deux mois que nous nous sommes réveillés de notre sommeil pour constater que tu es parti et nous ne te reverrons plus. Déjà deux mois que faisant souvenir, nous nous sommes rendus comptes que nos cœurs étaient bien fermés à tout message que le Seigneur nous envoyait à travers tes actes, tes décisions. Oh que c’est triste bien aimé Père !
Désarçonnés et perdus au milieu de nos lamentations, notre seul message, à toi bien aimé Père Archevêque, est celui que tu nous avais laissé il y a quelques années :
« Là où tu vas en quittant ce monde, il n’y a plus de pleurs, ni larmes, car Dieu lui-même sera ton bonheur, lui qui t’accueille auprès de lui.
Là où tu vas sans rien garder avec toi, rien ne pourra jamais te manquer car Dieu lui-même sera ton trésor, lui qui t’accueille auprès de lui.
Si ton départ fait saigner nos cœurs, dans la foi nous gardons l’espérance.

Si ton départ fait saigner nos cœurs, nous croyons que nous nous reverrons ».
Père, pardonne-nous de n’avoir pas remarqué que tu partais,
Excuse nous d’avoir été si distants et si insensibles à cette profonde souffrance que tu endurais. Mais de là-haut, laisse ton cœur te surprendre en train de nous bénir à nouveau comme tu le faisais depuis ton siège archiépiscopal.
Brave soldat du Christ, repose en paix !!
Gilson Désiré Amenyo PARKOO (In LE MEDIUM n°626 du 08 au 14 Octobre 2024)
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