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A l’instar des autres contrées mondiales, l’Afrique est aussi une zone d’illustration du rationnel. Contrairement à ce que beaucoup de personnes y compris les africains eux-mêmes pensent, en réduisant la tradition africaine qu’aux mystères d’Afrique et aux actes magico-religieux, l’Afrique possède du savoir basé sur la culture et les normes. C’est ce qu’a tenté de révéler Prof Fabien Yaovi Akakpo au travers de son livre intitulé « La science dans les traditions africaines ». Publié en juillet 2024, ce livre a été dédicacé le 23 janvier 2025 à Lomé. Organisée par la paroisse universitaire Saint Jean Apôtre de Lomé et l’UCAO-UUT, la première présentation suivie de dédicace du nouveau le livre de Fabien Yaovi Akakpo a réuni les enseignants chercheurs des universités du Togo et d’ailleurs, des étudiants et des passionnés à la lecture et à la connaissance des réalités africaines. Marquant une étape importante dans son œuvre ce livre, attendu à Cotonou, Niamey, Bamako aussi à Paris pour la présentation et dédicace, est également au centre de nombreuses discussions et attire l’attention d’une maison d’édition italienne, qui en a signé les droits de traduction et de publication.

L’ouvrage de 196 pages subdivisé en sept parties, est le fruit d’un travail bien garni de connaissances acquises sur le terrain. Cet ouvrage propose une réflexion novatrice sur l’intégration des foyers historiques africains de savoirs dans le paysage épistémologique mondial. Sans altérer la définition traditionnelle de la science. Il explore les concepts, méthodes et techniques savantes, et les distingue de ceux désignés par J. Goody comme une pensée mytho-poétique.

En restant dans le champ de la logique, de l’histoire et de la philosophie des sciences, il démontre que ces foyers historiques peuvent enrichir notre compréhension de la science sans compromettre sa rigueur. L’ouvrage s’attache également à explorer ce patrimoine, élargissant la vocation de l’ethnographie à l’étude des lieux de production et de transmission de connaissances.

En somme, il invite à repenser les débats épistémologiques en intégrant pleinement les sciences africaines dans le dialogue intellectuel mondial. Dans son fascinant exposé, enseignant de la philosophie des sciences et l’éthique de la recherche, a d’abord présenté les sources de bases sur lesquelles sont fondées ses recherches, notamment les manuscrits africains, les archives orales et des élites spécialisées.

À travers la documentation et des réalités tangibles sur le terrain, le philosophe invité à éviter de réduire la tradition africaine à ce qu’on peut appeler le magico-religieux puisque des gens disent souvent l’Afrique a ses mystères. L’islam, le christianisme, bouddhisme ne viennent pas directement d’Afrique. Vatican n’est pas en Afrique, pourquoi on va dire que ce qui est africain c’est la religion et la science c’est pour les autres ? Qui n’a pas de mystère ? existe-t-il une religion sans mystère ? s’interroge l’auteur. 

Définissant la tradition comme ce qui a tellement eu de la valeur dans sa construction dans le temps et qui s’est imposé dans le temps et est porté par la culture et les normes, prof Yaovi Akakpo reconnaît toutefois que la tradition est quelque chose de vaste et qu’on ne peut pas réduire simplement la tradition africaine aux mystères de l’Afrique. « Tous les peuples ont leur mystère. Quand on parle de tradition on fait référence au savoir et on ne peut pas dire qu’il y a une société qui soit si religieuse au point de ne jamais souci à se poser la question de comment faire pour qu’elle puisse par exemple développer l’agriculture techniquement. Il y a toujours des réflexions qui interpellent le savoir dans toutes les sociétés », estime l’ancien élève du Collège Saint Augustin de Togoville. Il a étayé sa réflexion par des exemples axés sur la gestion administrative et la médecine africaine.

Pour lui, le droit par exemple c’est la tradition puisque pour stabiliser ou tenir la société il faut le droit et même   pour permettre à la société de se reproduire, d’évoluer il le faut également. S’agissant de la médecine en Afrique, les médecins traditionnels savent que pour traiter une fracture par exemple, on ne peut pas dire des incantations et tout est résolu. Même quand il y a une infection où on soupçonne la sorcellerie ou le désaccord des ancêtres et autres, si on doit le soigner, on cherche à savoir la où le patient a mal. Il souffre de quoi ? Ça veut dire que même quelqu’un qui fait des soins magico-religieux sait pertinemment ce qu’il fait avec le magico-religieux mais il sait aussi que l’autre aspect est incontournable.

En interrogeant ceux qui essaient de faire des médicaments surtout la fabrication de la poudre noire qui est un médicament extraordinaire dans la médecine africaine, le Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines que pour faire la poudre qui peut être un sérum, un vaccin ou quelque chose pour empoisonner, le tradipraticien ne fait que de la chimie pure.

Ce ne sont pas des incantations. Même si on essaie de dire certaines paroles dessus il soumet la plante à une température bien étudiée. Aussi examine-t-il avant l’opération, la température à laquelle il faudra prendre une partie du serpent pour que le produit ne tue pas mais qu’il devienne un vaccin. « Donc il faut tout simplement conclure que malgré le décor magico-religieux qui se fait là, la médecine africaine a été une médecine et reste une médecine très expérimentale », conclut l’auteur de « La science dans les traditions africaines ».

Qui est Fabien Yaovi Akakpo ?

Yaovi Akakpo est un ancien élève du Collège Saint Augustin de Togoville, où il a obtenu son Baccalauréat en 1986. Yaovi Akakpo, philosophe togolais, est docteur d’Etat en épistémologie. II est professeur titulaire et doyen honoraire à l’Université de Lomé, où il dirige master en bioéthique et bien-être animal, enseigne la philosophie des sciences et l’éthique de la recherche. Il a été chercheur résident à l’IEA de Nantes en 2017-2018 et est membre du conseil d’administration de la Société de philosophie des sciences (SPS, Paris) et du CTVR du CAMES.

En ce qui concerne son rôle administratif, le Professeur Yaovi Akakpo a occupé plusieurs postes de responsabilité à l’Université de Lomé. Il a été Chef de division à la Direction de la recherche, Deuxième Vice-Doyen, Premier Vice-Doyen, puis Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. Il a également dirigé la Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société.

Actuellement, il partage son expertise avec l’UCAO-UUT, où il contribue à la Direction de l’Académie, de la pédagogie et de la recherche.

Au sein du CAMES, le Professeur Akakpo a été Rapporteur général du Comité Technique Spécialisé Lettres et Sciences Humaines de 2012 à 2017. Malgré ses nombreuses responsabilités Yaovi Akakpo reste un penseur actif. Il a écrit et publié de nombreux articles et ouvrages.

Carole A. (In CHRONIQUE DE LA SEMAINE n°720 du 06 février 2025)

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