La Conférence « Promouvoir les projets de paix dans les zones de conflit », tenue le mercredi 14 mai dernier au siège de la gendarmerie nationale, a connue connu un invité de taille. Il s’agit le premier Secrétaire du Mouvement Sahraoui pour la Paix (Msp), Hach Ahmed Bericalla, qui avait à ses côtés la présidente du Comité international pour le dialogue et la paix, Dr Graciela L. Cosentino, et du Secrétaire coordinateur de l’Ong qui parraine le Mouvement sahraoui pour la paix, Dr Adalberto C. Agozino.
Organisée par le Comité international pour le dialogue et la paix, cette Conférence qui a réuni une cinquantaine de personnes, des représentants de la presse locale, était une occasion pour le leader sahraoui, Hach Ahmed Bericalla, de livrer une présentation intitulée : « Le mouvement sahraoui pour la paix : une clameur populaire et une demande conjoncturelle », articulée sur plusieurs aspects de la question de la paix, notamment au Sahara.

Ouvrant son propos, le leader sahraoui a souligné que tous les membres du Front Polisario, qui le sont depuis ces dernières années, partagent, en effet, à l’origine des « idéaux d’établissement d’une société indépendante, démocratique et progressiste au Sahara, idéaux » qui, note-t-il, malheureusement ont été « perdus et déformés (…) avec le temps et les changements internationaux ».
Faisant cas de sa rupture avec ses camarades du Front Polisario et son déménagement à Madrid, l’éloignant ainsi du Royaume du Maroc qu’il ne connait pas bien malgré qu’il soit né à Dakhla, une ville marocaine, le conférencier a profité de l’occasion pour expliquer la genèse du Mouvement sahraoui pour la paix.
Né il y a quatre ans, en pleine pandémie liée au covid19, dans l’optique de « sortir de la stagnation », ledit Mouvement « s’est assuré le soutien de notables tribaux, dont certains étaient présents à la Conférence de Dakar en octobre 2023 ».
Parlant du conflit du Sahara, le leader sahraoui estime qu’il s’agit d’un « différend entre les deux grands Nord-Africains », et que le Msp était une « troisième voie qui construit une nouvelle alternative qui surmonte ce conflit ». Il dit s’opposer catégoriquement à l’idée d’une guerre comme alternative, comme le souligne le Front Polisario car, note-t-il, « il est impossible de vaincre le Maroc sur le champ de bataille et cela n’a aucun sens d’atteindre ‘’une résistance numantine’’ en sacrifiant les Sahraouis pour témoigner, pour rester un exemple de martyrs ».
Tout en marquant sa ferme opposition à toute forme de violence du fait de la force de puissance de feu du Maroc qui dispose de drones, ce que refusent de comprendre les dirigeants du Polisario, M. Bericalla fait remarquer la différence démographique entre le Maroc qui compte 37 millions d’habitants contre 200.000 que compte la population sahraouie. Ce qui l’amène à privilégier une « solution juste, qui prenne en compte les intérêts du Maroc et les droits des Sahraouis ».

Le leader sahraoui va plus loin pour dénoncer l’idée d’un « régime politique à parti unique », qui relève d’un anachronisme car, chose qui n’est plus d’actualité dans la majorité des pays du monde, à l’exception de la Corée du Nord, notamment, soulignant du coup qu’il faille donner une alternative aux populations des camps qui vivent dans le besoin dans l’un des pires déserts du monde.
Réaffirmant que le « Msp accepte la proposition d’autonomie du Maroc comme une solution possible et a appelé à une feuille de route qui permettrait dans environ trois ans de former un gouvernement sahraoui autonome avec ses trois pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire sous la souveraineté du roi du Maroc », M. Bericalla plaide pour une « négociation dans le cadre des Nations unies ou une négociation directe », chose que pourra initier le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Sahara, M. Staffan de Mistura. Ceci depuis l’interruption du dialogue entre les parties en 2019. « Chaque jour de plus en plus la population sahraouie soutient le MSP comme une alternative valable et pour surmonter le conflit du Sahara », a-t-il conclu.
La présidente du Comité international pour le dialogue et la paix, Dr Graciela L. Cosentino, a, pour sa part, présenté l’événement, soulignant ainsi que « le dialogue implique bien plus qu’un simple échange d’idées, c’est un outil pour promouvoir la paix et construire des réalités. C’est un moyen de mobiliser les efforts de la communauté internationale pour promouvoir la paix et la confiance entre les nations sur la base d’un dialogue, de négociations et d’une coopération inclusifs afin de parvenir à une paix et une harmonie durables face à un monde marqué par la violence qui cause des souffrances à des millions de personnes ».
Dr Cosentino note que le message promu par M. Hach Ahmed Baricalla, est de « contribuer à la résolution d’un conflit qui s’enlise depuis plus de cinquante ans, affectant des milliers de personnes contraintes de vivre dans des conditions difficiles dans les camps du sud de l’Algérie ».
La présidente du Comité se désole qu’après « un demi-siècle, le Front Polisario, qui administre ces camps et a prétendu représenter les intérêts de la population sahraouie contrainte de vivre dans ces camps, profite de cette population pour maintenir ses privilèges tout en s’opposant systématiquement à toute proposition de solution au conflit ».
Se référant aux « Changements en Afrique du Nord », Dr Adalberto C. Agozino, note pour sa part que le Maghreb, qui compte cinq Etats (la Libye, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Mauritanie), représente que 42% de la surface et 30% de la population du monde arabe, et est moins densément peuplée d’Afrique (11,1 habitants au kilomètre carré, dont 47,58 % sont urbains).

Il fait noter que ces cinq Etats n’ayant pas réussi à s’intégrer politiquement et économiquement par le truchement de l’Union du Maghreb arabe (Uma), ceci « sans progrès tangible dans leurs objectifs d’intégration en raison des rivalités géopolitiques entre les deux pays les plus grands et les plus développés de la région : le Maroc et l’Algérie ».
Ainsi, Dr Agozino se résout à dire que le Sahara est le champ de bataille où les intérêts de ces deux géants du Maghreb s’affrontent. Relevant les agissements de l’Algérie, notamment la fermeture de sa frontière terrestre de 1.900 km avec le Maroc en 2022 et de son espace aérien aux avions marocains et même aux avions tiers ayant eu des escales prévues dans le pays voisin, le rappel de son ambassadeur à Rabat, … Ceci a déclenché, souligne-t-il, une course aux armements en Afrique du Nord. En 2023, alors que l’Algérie a augmenté son budget alloué aux forces armées de 76% par rapport à 2022 (18,3 milliards de dollars), le Maroc l’a, contrairement, réduit de 2,5% sur la même période passant à 5,2 milliards de dollars.
Sur l’ensemble du Maghreb, les dépenses militaires en 2023 étaient de 28 milliards de dollars, soit 38 % de plus qu’en 2022. Et le deux géants (Algérie et Maroc) représentent 82% des dépenses militaires du Maghreb et 45 % des dépenses totales de l’Afrique de 51,6 milliards de dollars.
Dans ce contexte d’armement démesuré, l’on note que les d’achats d’armes de l’Algérie se font presque exclusivement en Russie, faisant ainsi dire qu’Alger aiderait le Kremlin à financer son aventure guerrière en Ukraine.

Il devient alors plus que nécessaire de mettre fin à cette course effrénée à l’armement, et renforcer le dialogue et rechercher des alternatives pour mettre fin au climat de confrontation en Afrique du Nord. D’un autre point de vue, la naissance du Mouvement sahraoui pour la paix (Msp) représentant une frange de la population sahraouie ne s’identifiant pas au projet politique du Polisario, marque une belle opposition au Front Polisario. Ce Msp dont le leitmotiv est le dialogue et la négociation en vue d’une solution au différend politique, est un acte salué par les politiciens de premiers plans. « Leur présence parmi nous fait partie de la vocation et des efforts du Msp pour se consolider en tant que « troisième voie » dans la recherche d’une solution pacifique au problème du Sahara occidental et pour mettre fin à la tragédie que les Sahraouis subissent depuis un demi-siècle », a souligné Dr Agozino
MC
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