La croissance des transferts d’argent vers les pays à revenu faible et intermédiaire devrait encore ralentir en 2024. « Les prévisions tablent sur une progression de 2,4% seulement », estime la Banque mondiale. Cette situation sera similaire à celle de 2023, qui a marqué le pas après avoir atteint un niveau record ces deux précédentes années. « Les migrants sont parvenus à surmonter les crises et ont fait preuve de résilience pour continuer d’aider leurs familles restées au pays. Mais la forte inflation et la faible croissance mondiale pèsent sur les montants qu’ils sont en mesure d’envoyer », explique Iffath Sharif, directrice mondiale du pôle Protection sociale et emploi, à la Banque mondiale.
Selon les études de la Banque mondiale, les remises migratoires vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont augmenté de 3,3% seulement en 2023, contre une croissance d’environ 9% en moyenne entre 2021 et 2022. *La croissance des envois de fonds en 2023 a été plus modérée dans les pays d ‘Afrique subsaharienne, où les envois de fonds des migrants ont augmenté de 1,9 %, soit un taux équivalent à celui enregistré au Nigéria, premier pays bénéficiaire de la région. Il est indiqué que c’est en Afrique subsaharienne que les tarifs sont en moyenne les plus élevés (7,9 %), alors qu’ils sont les plus bas en Asie du Sud (4,3 %).

Malgré les crises et les incertitudes, les remises migratoires représentent désormais la première source de financement pour les pays à revenu faible et intermédiaire : en 2023, elles ont dépassé de plus de 250 milliards de dollars les flux d’investissements directs étrangers, qui se caractérisent par une plus grande volatilité.
Un rapport de la Banque Mondiale décrit, comment les pays pourraient mobiliser la manne de la diaspora pour financer leurs besoins de développement, mais aussi améliorer leur situation sur le front de la dette. Les remises migratoires peuvent aussi améliorer considérablement la notation souveraine d’un pays et sa capacité à rembourser sa dette, du fait de leur poids par rapport à d’autres sources de devise.
« Il est notamment possible de structurer le lancement d’une obligation de manière à exploiter directement l’épargne de la diaspora détenue à l’étranger », indique la Banque. On cite le cas de l’Inde, où un programme de ce type a été mis en place il y a quelques décennies. Il se chiffrait à l’équivalent de 143 milliards de dollars en septembre 2023. « Toutefois, contrairement aux obligations, il s’agit d’une épargne généralement de court terme et volatile, qui, par conséquent, ne se prête pas au financement de projets de développement de long terme », précise-t-on.

De nombreux pays s’emploient aussi à attirer cette épargne dans des comptes de dépôt en devises pour les non-résidents. « Les envois de fonds des travailleurs migrants sont l’une des rares sources de financement extérieur privé qui devraient continuer de croître dans la prochaine décennie. Il faut en tirer parti pour mobiliser des capitaux privés à l’appui du financement du développement, en particulier grâce à l’émission d' »obligations diaspora. Ces dernières années, les remises migratoires vers les pays en développement ont excédé le montant cumulé des investissements directs étrangers et de l’aide publique au développement, et l’écart ne cesse de se creuser », souligne Dilip Ratha, économiste de la Banque mondiale.
Il est rappelé que la contribution des envois de fonds à la viabilité de la dette dans les pays à faible revenu a été prise en compte dans la révision 2017 du cadre d’analyse de la viabilité de la dette du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Cette évolution s’est traduite par une amélioration significative de l’évaluation de la solvabilité dans un certain nombre de pays bénéficiant d’un volume important de remises migratoires.

De même, des résultats économétriques montrent que l’inclusion des remises migratoires dans le ratio dette/exportations améliorerait d’un cran la note souveraine des pays à revenu intermédiaire où ces entrées de fonds sont considérables.
Koudjoukabalo (In LE MEDIUM n°593 du 20 au 26 Février 2024)
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