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Cette question a été évoquée lors de la rencontre entre le président béninois, Romuald Wadagni, et le président français, Emmanuel Macron, à Paris, le 5 octobre dernier. Pour l’instant, aucune décision n’a été annoncée, mais la demande béninoise pourrait constituer un nouveau test pour la politique française de restitution des biens culturels.

Parmi les biens concernés, figure la statue du dieu Gou, actuellement conservée au musée du Louvre. Selon les autorités béninoises, l’œuvre fait partie des objets emportés en France à la suite de la conquête du royaume du Dahomey, en 1892.

Elle avait déjà été incluse dans des demandes de restitution formulées par le Bénin ces dernières années, sans succès.

Le dieu Gou, une divinité associée au fer, à la métallurgie…

La statue réclamée par les autorités béninoises est décrite comme l’une des pièces majeures de la tradition vodun et du patrimoine historique lié à l’ancien royaume du Dahomey.

Cette nouvelle requête s’inscrit dans la continuité du dialogue engagé entre Paris et Cotonou sur la question des restitutions. En 2021, la France avait déjà rendu au Bénin 26 œuvres issues des trésors royaux d’Abomey.

Le contexte a évolué

Une loi adoptée en France, en 2026, vise à faciliter l’examen des demandes de restitution de biens culturels acquis dans des conditions contestées durant la période coloniale. Reste à savoir quel impact ce nouveau cadre juridique aura sur la demande béninoise.

Au-delà du seul cas du dieu Gou, ce dossier relance un débat plus large : celui du devenir des œuvres acquises durant la période coloniale et de la place qu’occupent aujourd’hui le patrimoine et la réparation historique dans les relations entre l’Afrique et l’Europe.

Ecoutez ci-dessous, Alain Godonou, directeur du programme Musées de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et du tourisme au Bénin (ANPT).

Voici l’intégralité de l’interview :

Pourquoi réclamer aujourd’hui ces 35 œuvres précisément ?

Ça fait dix ans maintenant que nous sommes en coopération étroite avec la France et que nous avons eu une première restitution de 26 trésors royaux emportés. Pendant la guerre coloniale de la France contre l’ancien royaume du Dahomey.

Et aujourd’hui, nous avons sur la table une nouvelle demande de 35 œuvres qui, dans la restitution, vont justement dans le même sens, aider à cicatriser les plaies du passé et à nous aider dans la reconstruction de notre identité culturelle.

Quels arguments nouveaux le Bénin apporte-t-il par rapport aux précédentes demandes ?

Les arguments sont les mêmes, peut-être ont-ils été enrichis, parce que, ça a été une violence.

Et peut-être que le cas du Bénin est particulier, parce que ce n’est pas tous les pays ancienne colonie qui ont subi des guerres coloniales violentes, il y a eu fait de guerres entre les troupes coloniales françaises et les troupes sur le territoire de ce qui est devenu le Bénin aujourd’hui.

Et puis l’une des plus grandes guerres, où le sang a vraiment coulé, c’est entre les troupes françaises et le Dahomey. Mais il y en a eu d’autres, sur le territoire national. Donc ça a été un territoire de résistance.

Pour ce prix payé, il faut maintenant considérer que c’est le passé. Et il y a deux peuples français, béninois, qui vivent en amitié, et donc il faut sceller définitivement cet état de fait et se réconcilier pour refermer, je dirais, les cicatrices.

Alors, que représente symboliquement la statue du dieu Gou pour les Béninois ?

Le dieu Gou, c’est une divinité, un Dieu majeur dans les traditions béninoises.

Aujourd’hui, on dirait que c’est le dieu de la technologie. Parce que c’est le Dieu de tout ce qui est métiers liés à la métallurgie et la métallurgie – si vous connaissez un peu d’histoire-importante dans la culture technique, dans les civilisations, importante pour l’agriculture, pour le commerce, pour tout. Donc, en tant que Dieu de la technologie, gérant un peu l’ensemble des métiers qui permettent à un peuple, à une culture de se développer.

Son absence est préjudiciable, sa longue absence est préjudiciable dans l’esprit, disons, des Béninois. C’est pour ça que nous avons beaucoup insisté sur le retour de ce Dieu à ses origines.

La question des œuvres spoliées au Bénin est un sujet sensible dans le débat sur la restitution des biens culturels africains.© Pascal Rossignol/REUTERS

Pourquoi la statue de Dieu n’a-t-elle toujours pas été restituée malgré les demandes répétées ?

Vous savez, nous sommes respectueux du droit des pays avec lesquels nous sommes en coopération, notamment nous sommes respectueux du droit français. Et le droit français, jusqu’à récemment, stipulait que, ce qui appartient au patrimoine français est inaliénable et imprescriptible. Ce droit est un peu lié à tous les musées français qui gèrent ces biens français.

Il se fait qu’il y a eu une nouvelle disposition juridique qui fait que la France pourrait restituer sous certaines conditions, après étude, analyse, un certain nombre d’objets et qui n’a plus besoin de faire des lois spécifiques pour retirer du patrimoine français des trésors particuliers.

Donc, c’est ce qui a fait que nous avons saisi l’occasion de cette nouvelle loi à laquelle nous avons essayé de travailler avec la partie française pour que, enfin, la restitution soit écoutée, mieux écoutée et que nos besoins en termes de réappropriation de notre patrimoine soient mieux perçus.

Cette loi a été votée à l’unanimité par le Parlement français.

Donc, c’est sur la base de cette loi, maintenant, que nous engageons les discussions avec la partie française pour arriver à un résultat positif, nous l’espérons, pour le retour du dieu Gou au Bénin.

Est-ce que les restitutions permettent-elles réellement de réparer les injustices du passé colonial ?

Je pense que c’est un pas important. Après, la restitution est une page de cette histoire douloureuse. Le Bénin en particulier, vraiment douloureux.

Quand je dis douloureuse, ce n’est pas qu’une expression, ce n’est pas que du vocabulaire.

Il y a eu guerre, il y a eu du sang qui a coulé.

Et donc la restitution, oui, à un moment important, peut-être que c’est pas le seul, les historiens le diront… Mais c’est quand même, sur le plan des symboles, de l’importance de ce que ça peut représenter, c’est un pas important. Et c’est un chemin qui a commencé à être parcouru. Il reste encore du chemin à faire, mais c’est bien de l’avoir commencé.

Après les œuvres d’art, d’autres formes de réparation liées justement à la colonisation doivent-elles être envisagées, discutées ?

Et il y a beaucoup de débats sur le sujet des réparations. Je ne voudrais pas me lancer sur ça ici. Mais ce que je peux dire, vous savez, les actions que mène le Bénin, qui sont déjà des actions à l’intérieur du Bénin, qui sont des actions nous concernant nous-mêmes….

Vous savez par exemple que le Bénin accorde désormais la nationalité béninoise à tous les Afrodescendants qui en font la demande. Cette initiative marque une avancée significative vers la reconnaissance des liens historiques et culturels. Elle ouvre la voie à une réflexion plus profonde sur les identités et les appartenances, tout en encourageant un dialogue constructif sur les questions de justice et de réconciliation.

La France et le Bénin travaillent pour le retour des biens culturels appartenant au royaume du Dahomey.© Pascal Rossignol/REUTERS

Donc on considère que le Bénin peut être leur patrie, qu’ils peuvent retourner à la maison si vous voulez. Donc le Bénin fait ses devoirs dans le cadre de cette mémoire historique.

Maintenant, en ce qui concerne les demandes de réparation, nous luttons pour cette phase de restitution et nous luttons surtout pour de plus grandes coopérations à l’échelle internationale, pour que les peuples travaillent de façon fraternelle.

Donc ce qui est à faire aujourd’hui, c’est de construire une entente, une fraternité pour aujourd’hui et pour demain.

Nous sommes coresponsables de ce que nous faisons aujourd’hui, et c’est ce que nous allons laisser pour demain.

Le passé, c’est le passé. Il a ses cicatrices, mais nous ne pouvons pas vivre que de cicatrices.

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