« Vous ravalez vos vomissures en initiant vos filles à l’église. Vous refusez les fétiches des ancêtres, mais vous voulez obéir à leur culture. Soyez précis, soit vous êtes chrétiens ou animistes, ne jouez pas le double jeu qui s’apparente à du syncrétisme ». Telles sont des critiques souvent adressées aux chrétiens catholiques, notamment kabyè (ethnie du nord-Togo), qui pratiquent leur culture à la lumière de leur foi chrétienne.
(…) La retraite des Akpéma
Jadis la retraite d’une semaine était le moment où la jeune fille proposée à l’initiation prend conscience du changement d’état qu’elle va effectuer par les différents rites qui la mettront en face de ses futures responsabilités conjugales et domestiques, ainsi que de sa place dans la société. Un temps favorable pour les grands-mères et les marraines de rappeler à l’Akpénou les devoirs d’une bonne épouse. Le silence imposé à l’Akpénou pendant cette retraite devrait l’interpeler à une médiation sur la gravité de la vie d’adulte qu’elle va bientôt embrasser.
Cette pratique, bien entretenue dans les procédures des rites Akpéma à l’église catholique, est au contraire totalement abandonnée par ceux qui se réclament conservateurs des coutumes ancestrales. C’est ainsi qu’une grande partie des jeunes filles proposées à Akpema non chrétien, rejoignent leur canton d’origine la veille, se soumettent aux rituels le jour ‘’J’’ et retourne le jour suivant dans sa localité sans aucun enseignement ou aucune connaissance sur ce qu’elles viennent de revivre. Ce qui est impossible pour les Akpéma de l’église catholique.

En effet, toutes les jeunes filles proposées à Akpédou catholique ont une obligation de vivre au moins trois jours de retraite. Un temps de retraite de méditation et de formation où à travers prières et enseignements, elles sont formées non seulement à la vie d’épouse et de mère, mais à la meilleure exploitation de leur liberté dans leur choix de vie de manière à plaire à Dieu pour leur bonheur. Les danses, chants, mets traditionnels et autres, savoir-faire des peuples kabyè sont également enseignés aux jeunes filles.
Il va sans dire que les rites ancestraux de Akpédou sont laissés dans les mains des amateurs et amatrices. Dans l’un des cantons, notre reporter exclusif a assisté, en juillet dernier, à une dispute entre les marraines sur comment, où, quand Akpénou devrait utiliser son bâton pyrogravé ou encore sur la manière dont les jeunes filles enceintes et les filles-mères Akpema devraient s’accoutrer.
Dans ces imprécisions et incompréhensions que peuvent retenir les jeunes initiées pour la génération future ? On peut s’opposer ou critiquer l’initiation Akpédou de l’église catholique, mais elle reste et demeure l’une des sources fiables par ses recherches, ses écrits et enseignements pour la connaissance et la promotion de la culture en pays kabyè

Purification et sacrifice
Tout comme sous le plan ancestral, l’église purifie ses Akpéma, offre des sacrifices au créateur en honneur de ses Akpéma
Les rites « Ranaa » ou sacrifices, qui consistent à immoler des animaux et à verser le sang sur les idoles pour la Akpénou dans la tradition a pour double fonction de la purifier et d’informer l’esprit géniteur qu’elle est adulte. Quand on initie une fille chrétiennement, sa purification se fait plutôt dans le sacrement de la réconciliation ou confession. La bête de l’initiation de la Akpénou chrétienne est plutôt bénie par le prêtre catholique en action de grâce à Dieu qui pourvoit aux besoins de ses enfants car le christ est déjà le sacrifice par excellence de tout chrétien.
Exposition de la nudité de la Akpénou
La procession de nos jours en état de nudité de la Akpénou à travers maisons, quartiers, villages jusqu’au sanctuaire est une mauvaise interprétation de la conception des ancêtres. La première idée qui traverse depuis toujours la tête du commun des mortels lorsqu’on parle des rites Akpédou, est l’exposition de la nudité de la Akpénou. Ce rite qui humilie et rabaisse la gent féminine est refusée dans l’initiation de la Akpénou chrétienne. Car pour l’église, la femme doit être honorée respectée, c’est pourquoi c’est dans une tenue traditionnelle décente que Akpénou est parée pour ses initiations à l’église.

D’ailleurs au commencement tout comme les Akpéma, les Evala sortaient eux aussi nus dans les arènes pour lutter (d’où l’expression «mowoki évalou ladiènao » je vais pour voir le sexe de évalou), pourquoi les raisons pour lesquelles les conservateurs de la tradition ancestrale ont pu aujourd’hui autoriser les Evala à porter les culottes pour protéger leur nudité lors des luttes ne seraient pas valables pour les Akpena ?
Le vicaire de la paroisse sainte Anne de Tchitchao le RP. Epiphane N’DEYE a abordé le sujet dans son homélie de la messe des rites Akpédou le mercredi 29 juillet 2026.
A suivre…
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