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Il existe des transformations qui ne font pas toujours grand bruit, mais qui changent profondément le quotidien des populations. Une latrine peut sembler être un simple ouvrage sanitaire. Pourtant, derrière chaque installation se cachent des enjeux majeurs : santé publique, dignité humaine, protection de l’environnement, maintien des filles à l’école et amélioration des conditions de vie. Au Togo, la lutte contre la défécation à l’air libre prend désormais une nouvelle dimension.

Avec des mécanismes innovants de financement, des infrastructures adaptées au changement climatique et des solutions écologiques comme les latrines à biogaz, le pays accélère une véritable révolution silencieuse au cœur des communautés.

Pendant longtemps, l’accès à des installations sanitaires adaptées a constitué un défi important pour plusieurs ménages et communautés. Mais progressivement, le Togo a renforcé ses stratégies pour faire de l’assainissement une priorité du développement humain.

En 2024, un plaidoyer de haut niveau engagé auprès du président du Conseil, Faure Gnassingbé, a abouti à une avancée : la proposition d’intégrer l’initiative crédit latrine dans le programme gouvernemental d’inclusion financière et de protection sociale.

Cette orientation montre une conviction forte : l’accès à un assainissement digne ne doit plus être considéré comme une dépense secondaire, mais comme un investissement essentiel dans la santé et le bien-être des populations.

Le crédit latrine, une solution qui rapproche les familles de la dignité

L’un des défis majeurs dans l’accès aux ouvrages sanitaires reste souvent la capacité financière des ménages à construire des latrines adaptées. C’est dans cette logique que les mécanismes de fonds renouvelables et de crédit latrines ont été développés.

Déployées dans 17 communes des régions des Savanes, de la Kara et des Plateaux, ces interventions ont offert aux populations une possibilité concrète de disposer d’installations sanitaires améliorées tout en bénéficiant d’un accompagnement adapté.

Selon le rapport annuel 2024 du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), ces efforts ont permis à 76.461 personnes supplémentaires, dont 39.225 femmes, de vivre dans 42 nouvelles communautés urbaines et semi-urbaines désormais exemptes de défécation à l’air libre. C’est une réalité quotidienne transformée : des familles qui retrouvent plus d’intimité, des enfants moins exposés aux maladies liées à l’insalubrité et des communautés qui avancent vers de meilleures pratiques d’hygiène.

La défécation à l’air libre représente un risque important pour la santé publique. Elle favorise la propagation de maladies, affecte particulièrement les enfants et fragilise les progrès réalisés dans les domaines de la santé et de la nutrition. Mettre fin à cette pratique, c’est donc protéger des vies. C’est aussi réduire les dépenses liées aux maladies évitables et améliorer durablement la qualité de vie des ménages.

Dans cette dynamique, 71.895 personnes additionnelles, dont 36.882 femmes, ont bénéficié d’un accès à des latrines améliorées et résilientes au changement climatique. Ces équipements sont conçus pour mieux résister aux effets des phénomènes climatiques extrêmes, garantissant ainsi une utilisation durable.

Quand l’assainissement devient un outil d’éducation

L’impact de ces actions dépasse largement le cadre familial. Il touche également l’éducation, notamment celle des jeunes filles. Grâce aux kits distribués aux filles vulnérables pour une meilleure gestion de l’hygiène menstruelle, le programme a contribué à leur maintien à l’école sans interruption. Cette initiative répond à une réalité souvent sous-estimée : lorsqu’une fille dispose des moyens nécessaires pour gérer dignement ses périodes menstruelles, elle a davantage de chances de poursuivre sa scolarité dans de meilleures conditions. Ainsi, une action liée à l’hygiène devient aussi un levier d’égalité des chances et de réussite scolaire.

Aussi, l’une des avancées les plus remarquables réside dans l’introduction des latrines à biogaz dans les écoles à cantines. Au total, 25 établissements scolaires, représentant 6.551 élèves dont 3.065 filles, ont bénéficié de cette innovation. Au-delà de l’amélioration des conditions sanitaires, ces infrastructures ouvrent la voie à une approche plus écologique de la gestion des déchets. Les latrines à biogaz symbolisent une nouvelle manière de penser l’assainissement : transformer un problème environnemental en ressource utile, tout en améliorant le cadre de vie des élèves.

Les résultats enregistrés montrent que l’assainissement est devenu un véritable chantier social. Chaque latrine construite, chaque communauté libérée de la défécation à l’air libre et chaque enfant protégé contre les risques sanitaires participent à une transformation plus large.

Samir B.

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