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Chaque enfant a le droit d’être protégé contre la violence, l’exploitation, les abus et toutes les pratiques néfastes qui entravent son épanouissement et son développement. Au Togo, environ 91,8% des enfants (soit 9 enfants sur 10) âgés de 1 à 14 ans ont été victimes d’une méthode de discipline violente. Malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics togolais, en collaboration avec ses partenaires, notamment l’UNICEF, en matière de scolarisation, il existe un nombre non moins négligeable d’enfants hors du circuit scolaire.

Voici l’histoire d’Agnès, une jeune adolescente qui, malgré le BEPC en poche, décide, avec les conseils de son oncle, opter pour le gain immédiat, une affaire d’aide-ménagère à la capitale qui, malheureusement, va voir son destin s’écrire en pointillé.

Il y a six ans, la vie d’Agnés, 14 ans, qui venait d’avoir son BEPC, était rythmée de doux réveil sous le chant des coqs à Ountivon, son village natal dans la préfecture de l’Ogou. Agnès n’a pas quitté l’école par manque d’envie. Troisième d’une fratrie de dix enfants, ses parents agriculteurs ont été très tôt dépassés par les charges familiales, ce qui oblige les plus âgés à se prendre eux-mêmes en charge.

Coincée entre les travaux champêtres et les tâches quotidiennes de jeune fille, le destin d’Agnès va basculer quand elle décida d’écouter son oncle Koff qui, lui a proposé de l’emmener à la capitale pour devenir aide-ménagère. Un deal semblait salvateur, à première vue.

Ses parents, contraints de laisser partir leur fille, espéraient lui offrir ainsi une ascension sociale qu’ils ne pouvaient financer.

L’illusion de la capitale ‘’rose’’

Ce rêve d’une vie meilleure à la capitale a vite laissé place à la réalité de l’exploitation dans une famille d’accueil où elle travaillait comme aide-ménagère. Agnès passe désormais ses journées enfermées à la maison entre les éponges, le balai et la gestion des enfants en bas-âge. Pour une assiette mal lavée, ou habits sales qui trainaient encore, les réprimandes étaient frustrantes.

« Ma journée commence très tôt à 4heures, et je ne me couche que quand tout le monde est au lit et que toutes les tâches ménagères sont achevées », confie-t-elle, le visage fermé. « Et c’est quand ma patronne n’est pas là que je profite pour manger sans qu’elle ne sache », ajoute-elle.

Malgré tout ce sacrifice, les fins du mois se ressemblaient. Elle n’avait jamais été payé. Et quand elle interrogeait son oncle, il lui ressassait qu’elle sera payée tôt ou tard !

A cœur ouvert avec Agnès, une victime de la traite des enfants.

Le point de rupture

Un soir, alors qu’elle avait passé encore une de ses dures journées, grelotant de fatigue. Le plus douloureux pour Agnès, c’est qu’à côté de l’épuisement physique, elle avait l’ombre d’être un simple décore dont on utilise la force de travail pour que d’autres enfants puissent vivre leur confort.

Elle se remémora, une fois encore, sa vie de reine aux côtés de ses parents, et décida de partir vaille que vaille. L’oncle décida de satisfaire le désire de sa nièce en la renvoyant au village.

De retour au village, les mains vides surtout, elle a eu la chance de rencontrer une équipe d’assistants sociaux, qui lui ont parlé d’un programme du gouvernement soutenu par l’UNICEF.

La renaissance …

« Dans le milieu, (la région des Plateaux, ndlr) le fait d’aller chercher les moyens et revenir soutenir les parents, était toléré. C’était devenu comme un phénomène normal (…) Avec nos activités, dans le cadre du projet TRAITE du gouvernement togolais soutenu par l’UNICEF, cinq préfectures, dont la préfecture de l’Ogou, ont bénéficié de ces activités dudit programme », a indiqué Pierre Paniza, Chef Division Protection de l’Enfant (Région des Plateaux).

Ainsi, lors de nos activités de sensibilisation sur le terrain (Compétences de vie courantes (CVC), la parentalités positives, …) avec l’implication des enfants, eux-mêmes, et des parents, le phénomène a été décortiquée.

« La situation est criarde. Dans les communautés, c’est normal que les enfants et les jeunes aillent chercher les moyens pour soutenir les parents. Mais le constat est amer : environ 90% des enfants qui sont partis, ne reviennent avec rien ; et ceux qui reviennent avec quelques moyens, utilisent le peu pour se soigner, car ils sont revenus malades », a-t-il confié.

Une analyse de la situation sur le terrain nous révèle que les parents pointent du doigt la pauvreté comme cause première de ce phénomène. Mais, il faut ajouter à cela l’ignorance, a expliqué Pierre Paniza car, souligne-t-il, « ce sont les activités agricoles qu’ils fuient ici que beaucoup s’en vont faire ailleurs. C’est dire qu’en restant ici (au village, ndlr), ils peuvent trouver quelque chose à faire et réussir leur vie ».

« Dans la préfecture de l’Ogou, 12 enfants (06 garçons et 06 filles) dont Agnès, ont bénéficié du programme TRAITE mis en œuvre par le gouvernement togolais avec l’appui de l’UNICEF. Ces enfants ont choisi eux-mêmes les métiers dans lesquels ils comptent évolués et ils ont été soutenus », a expliqué Nanou Idrissa, Directeur Préfectoral des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance.

Agnès sur son lieu d’apprentissage à Akparè (préfecture de l’Ogou).

Le Programme MPTF (Multi-Partner Trust Fund), un atout

Mis en œuvre entre le Gabon et le Togo, le programme Multi-Partner Trust Fund, coordonné par l’UNICEF, vise à lutter contre la traite des enfants, notamment à des fins d’exploitation domestique, de travail forcé et de trafic transfrontalier.

L’initiative adopte une approche multisectorielle pour, non seulement, renforcer la prévention communautaire contre la traite, assurer la protection et la réinsertion des enfants victimes, mais aussi et surtout consolider le cadre légal et les mécanismes de coordination, et promouvoir l’engagement local et la collaboration entre plusieurs acteurs.

Comme résultats de cette démarche salvatrice des pouvoirs publics, soutenus par leur partenaires financiers et techniques, notamment l’UNICEF, l’objectif est d’identifier et protéger 750 enfants, appuyer 400 familles pour la réinsertion, mobiliser 180 agents frontaliers et acteurs judiciaires formés, avec à la clé l’opérationnalisation de 12 comités locaux de vigilance.

JP Bawéla

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